© EuropaCorp Distribution
Imposture

Imposture

de Patrick Bouchitey

  • Imposture

  • France2005
  • Réalisation : Patrick Bouchitey
  • Scénario : Patrick Bouchitey, Gilles Laurent, Jackie Berroyer, Gaëlle Macé
  • d'après : le roman Je suis un écrivain frustré
  • de : José Ángel Mañas
  • Image : Antoine Roch
  • Montage : Laurent Roüan
  • Producteur(s) : Luc Besson, Pierre-Ange Le Pogam, Didier Creste, Joël Leyendecker
  • Interprétation : Patrick Bouchitey (Serge Pommier), Laëtitia Chardonnet (Jeanne Goudimel), Isabelle Renauld (Anna), Patrick Catalifo (Roland), Ariane Ascaride (Brigitte)...
  • Distributeur : EuropaCorp
  • Date de sortie : 25 mai 2005
  • Durée : 1h41

Imposture

de Patrick Bouchitey

Prête-moi ta plume


Prête-moi ta plume

De Patrick Bouchitey, on n’attendait plus grand-chose. Pourtant, celui qui est aujourd’hui principalement connu pour son hilarante composition de curé mélomane dans La vie est un long fleuve tranquille (« Jésus revient », c’était lui) et ses navrants doublages animaliers vaut bien plus que sa réputation d’amuseur public de seconde zone. Il y a quelques années, Bouchitey mettait en scène Lune froide, grinçant road-movie sur fond de nécrophilie, qui lui valut les honneurs d’une sélection en compétition au festival de Cannes et d’un césar de la meilleure première œuvre. D’auspicieux débuts pour un réalisateur débutant, hélas jamais poursuivis… jusqu’à aujourd’hui.

Le retour tardif derrière la caméra de Bouchitey avec Imposture est donc, a priori, une bonne surprise. D’autant plus que le scénario est l’adaptation d’un roman machiavélique de l’Espagnol José Ángel Mañas, Je suis un écrivain frustré : critique littéraire redouté, également professeur de lettres, Serge Pommier mène une existence pépère et peine à écrire le grand roman que tout le monde attend de lui. Lorsqu’une de ses étudiantes lui soumet un manuscrit remarquable, Pommier perd la raison et kidnappe la jeune femme, s’appropriant le roman qui, il en est sûr, lui apportera gloire et fortune. Mais entre le ravisseur et sa victime, une relation ambiguë s’installe rapidement et les événements prennent une tournure inattendue…

À partir d’un sujet maintes fois traité au cinéma (la fascination du ravisseur pour sa victime et vice-versa), les pistes sont nombreuses, ainsi que les risques de sombrer dans le déjà-vu. Difficile, en regardant Imposture, d’oublier le Misery de Stephen King et Rob Reiner, référence absolue dans le genre, qui transcendait son univers très codifié par un inversement des rôles (le kidnappeur est une femme, la victime est un homme) plutôt amusant, ajoutant au film un discours inattendu sur la dimension castratrice de la création (ou plutôt, du manque d’inspiration) symbolisée par Annie, mémorablement interprétée par une Kathy Bates folle furieuse.

Dans les premières scènes d’Imposture, on ne peut pas dire que Bouchitey soit aussi inspiré. Le réalisateur peine à installer son univers et ronronne dans un style pantouflard qui n’est pas sans rappeler Navarro et consorts : mal éclairé, joué au minimum syndical (il faut dire que les comédiens sont servis par des dialogues affligeants de platitude), Imposture ne parvient pas à nous faire croire à la véracité des personnages ni des situations. Bouchitey se glisse dans la peau de son antihéros sans grande conviction, probablement convaincu que sa silhouette un peu lasse est suffisante pour composer un homme sans histoire qui s’improvise psychopathe. Évidemment, c’est un peu léger : quand, pour représenter la panne de créativité de Pommier, il se contente de nous le montrer boudeur devant son écran d’ordinateur, il y a de quoi rester perplexe. De la même façon, les personnages secondaires sont expédiés sitôt présentés. Avec pour toile de fond un monde littéraire caricatural et un milieu universitaire à peine esquissé, difficile de comprendre les motivations réelles de Pommier lorsqu’il se décide à kidnapper Jeanne, l’étudiante dont le manuscrit l’a subjugué au point de vouloir commettre un crime.

La Jeanne en question, incarnée par une comédienne débutante, Laëtitia Chardonnet, est à la fois la colonne vertébrale et le problème majeur du film. Personnage énigmatique qui n’existe qu’à travers le regard de Pommier/Bouchitey, Jeanne manque cruellement de consistance. On ne sait rien d’elle, sauf qu’elle a écrit un manuscrit extraordinaire : si au début ce parti pris intrigue, il se révèle totalement vide de sens et de la même façon que la jeune femme échappe à son ravisseur (au propre comme au figuré), elle glisse entre les doigts de son réalisateur qui ne sait visiblement pas que faire d’elle et de la relation ambiguë qui unit les deux protagonistes. Car (et c’est bien là la seule bonne idée du film) Pommier développe rapidement une fascination à la fois excessivement romantique et malsaine envers sa victime qui, bien entendu, va en profiter pour retourner la situation à son avantage.

On retrouve dans cette étrange liaison un peu de ce qui faisait de Lune froide un film dérangeant : la scène dans laquelle Pommier lave le corps nu et inanimé de sa victime renvoie inévitablement à la nécrophilie assumée de son film précédent. Dans Imposture, Bouchitey se veut moins trash et plus troublant, mais les enjeux de pouvoir qui unissent le kidnappeur et la kidnappée sont cousus de fil blanc. Il est facile de deviner les louables intentions du metteur en scène : raconter une lutte de pouvoir dans laquelle les armes sont psychologiques. Mais jusqu’à son dénouement, Imposture n’est qu’une succession de scènes au suspense vaguement distrayant, mais sans grands enjeux.

Soutenez Critikat

Critikat est une revue de cinéma associative dont les rédacteurs et rédactrices sont bénévoles.
Si elle est (et restera) entièrement gratuite, sa production a un coût : votre soutien est précieux pour garantir sa pérennité et son développement (site Internet, vidéos, podcasts...).
N'hésitez pas à nous soutenir mensuellement si vous le pouvez !