J’demande pas la Lune, juste quelques étoiles…

J’demande pas la Lune, juste quelques étoiles…

de Robert Coudray

  • J’demande pas la Lune, juste quelques étoiles…

  • France2012
  • Réalisation : Robert Coudray
  • Scénario : Bertrand Cousseau
  • Musique : Michel Laporte
  • Producteur(s) : Isabelle Fauger
  • Production : Providence Films
  • Interprétation : Laurent Voiturin (Fred), Juliette Pinoteau (Nina), Ludmilla Le Brun (la fille de Fred), Maxime Raguin (Tanguy), Jo Joubel (Pierre), Christophe Hamon (Milou)...
  • Date de sortie : 2 octobre 2013
  • Durée : 1h35

J’demande pas la Lune, juste quelques étoiles…

de Robert Coudray

Pays et liberté


Pays et liberté

« Ce n’est peut-être pas un très bon film, mais c’est comment il a été fait qui compte. » Ainsi parle Robert Coudray, réalisateur de J’demande pas la lune, juste quelques étoiles… , lors de la présentation unique de son film à Paris. Avouons que ce n’est pas très habituel – ni très engageant. Et pourtant, ce projet de longue haleine (40 ans de gestation) au budget dérisoire (50.000€ tout compris) possède un souffle auquel la modestie de son auteur ne rend pas justice. Amateur ? Certes. Candide ? Pourquoi pas, mais en apparence seulement. Avant toute chose ; J’demande pas la lune, juste quelques étoiles…, c’est du vrai cinéma.

Fred est un homme au parcours cabossé, SDF en région parisienne. Il décide un jour de saisir, comme une dernière chance, la dernière parcelle qui lui reste de sa vie d’avant : un terrain et une maison légués par feu son grand-père, en Bretagne. Sur place, tout est à refaire – ça tombe bien, Fred en profiterait volontiers pour se rebâtir en passant par la même occasion. Habile et persévérant, il se construit une petite principauté à lui. Mais le réel ne perd pas de temps, et revient vite menacer le rêve…

« Je ferai du cinéma quand j’aurais quelque chose à dire » : voilà ce que, selon ses propres termes, le jeune Robert Coudray se dit au sortir de ses études de cinéma. Il lui aura fallu près de quarante ans pour trouver « quelque chose à dire » – et pour réunir les conditions matérielles lui permettant de faire J’demande pas la lune… en totale indépendance. Le tournage en lui-même est une aventure : il implique un casting presque exclusivement amateur, et un budget qui tire le Diable par la queue.

Que ce soit par mesure d’économie ou par une volonté stylistique affirmée, Robert Coudray, artiste multiple et brut, qui se définit comme un « sculpteur de mouvement », donne une belle part à ses créations, sculptures effectivement mouvantes, fascinantes, ingénieuses et poétiques, dont la beauté et l’originalité pénètrent tout le film. Le réalisateur fait des allers-retours entre le monde du rêve, de la maison-sculpture, et le monde réel. Il croque quelques portraits, s’autorise quelques moments optimistes – le retour de la fille perdue – qui, pourtant, ne s’éternisent pas. Rien ne se clôt.

Le rêve, qui importe beaucoup à Robert Coudray, est également celui d’une autre vie possible, à la marge, d’une autre dynamique sociale, solidaire, et qui a l’avantage de ne pas tomber dans l’angélisme. Le réalisateur semble conscient que le rêve n’a que peu de chances face au réel, que céder aux tentations narratives du happy-end à la fois décrédibiliserait et désamorcerait son discours. C’est donc avec beaucoup d’émotions qu’on assiste à la dissolution du songe, à l’impuissance du cinéma à nous dire que l’idéal triomphe.

Impuissance momentanée car, à l’instar de son personnage central, Robert Coudray ne s’en laisse pas conter, et repart sur la voie d’une nouvelle utopie de saltimbanque candide. Pour reprendre les mots avec lesquels il présenta son film, peut-être l’aventure humaine vaut-elle mieux que le film lui-même. Que pouvons-nous en savoir ? Pour nous, simples spectateurs, Robert Coudray est un réalisateur libre et sensible qui, définitivement, a « quelque chose à dire ». Et c’est la moindre des choses que de l’écouter.

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