J’irai dormir à Hollywood

J’irai dormir à Hollywood

de Antoine de Maximy

  • J’irai dormir à Hollywood

  • France2008
  • Réalisation : Antoine de Maximy
  • Scénario : Antoine de Maximy
  • Image : Antoine de Maximy
  • Montage : Stéphane Malazaigue
  • Musique : Fabrice Viel, Béatrice Ardisson
  • Producteur(s) : Yves Darondeau, Christophe Lioud, Emmanuel Priou
  • Distributeur : Walt Disney Motion Pictures France
  • Date de sortie : 19 novembre 2008
  • Durée : 1h40

J’irai dormir à Hollywood

de Antoine de Maximy

Mise en abyme télévisuelle


Mise en abyme télévisuelle

Voici l’adaptation sur grand écran de J’irai dormir chez vous, la série documentaire télévisée d’Antoine de Maximy, qui dispose d’un dispositif original : équipé de trois caméras, une sur l’épaule, une au poing et une de côté – afin qu’il puisse se filmer –, le réalisateur cherche à s’inviter dans l’univers des gens « ordinaires ». Si ce programme a apporté un certain renouveau au genre du reportage touristique, son adaptation cinématographique n’apporte rien de pertinent, l’auteur se contentant purement et simplement de réaliser un épisode long de son émission. Surtout, Maximy fait preuve d’une réflexion beaucoup trop simpliste qui baigne dans une réelle superficialité.

La série J’irai dormir chez vous est une sorte de carnet de voyages durant lequel Antoine de Maximy tente de s’inviter chez les citoyens des pays visités. Son concept fonctionne sur la connivence entre le filmeur, le spectateur et les sujets documentaires. L’auteur s’est d’ailleurs créé un véritable personnage candide et culotté, toujours vêtu de la même chemise rouge pour être facilement identifiable par le téléspectateur. Pour ce portage sur grand écran, il a décidé de traverser les États-Unis d’est en ouest, avec comme point de chute Hollywood, terre symbolique du cinéma. On sent alors l’attachement de l’aventurier aux images véhiculées par la machine à rêve : la grosse voiture – qui devient ici un corbillard –, les Indiens, les anciens du Viêt-Nam, les stars et Hollywood Boulevard. Malgré les bonnes intentions du réalisateur et l’énergie qu’il déploie, on se trouve face à un simple reportage télévisé dénué de réflexion, qui pourrait même être taxé d’une certaine fainéantise, puisqu’il n’ajoute rien de plus au concept d’origine, outre le fait que Maximy souhaite s’inviter chez une star.

Par son renvoi au rêve hollywoodien et son dispositif filmique qui relève du gadget, cette œuvre renforce l’idée naïve que tout le monde peut faire un film, ce qui ramène encore et toujours l’art cinématographique à un niveau inférieur et purement ludique. Une bonne fois pour toute, on ne peut pas s’improviser cinéaste, comme on ne peut pas s’improviser peintre ou écrivain. Ce métrage comprend pourtant de bonnes idées, comme celle du filmeur homme-orchestre, à la fois réalisateur, acteur, caméraman et preneur de son. Nous sommes alors en présence d’une incessante mise en abyme de l’acte filmique, le dispositif des trois caméras permettant de montrer les sentiments du cinéaste devant les sujets filmés ainsi que sa manière de procéder : l’auteur en plein repérages, à la recherche de ses thèmes et de ses personnages. Maximy s’occupe ainsi du casting, car il est constamment en quête de la perle rare qui fera bonne figure dans son documentaire. C’est aussi le rapport de l’autre à la caméra : les personnes rencontrées sont fascinées, intriguées et parfois mal à l’aise devant l’objectif. Malheureusement, ce concept souligne surtout l’ego surdimensionné de l’auteur, qui se met en scène plus qu’il ne filme l’autre. Sous son air de sympathique aventurier, s’intéressant aux différentes cultures, on sent qu’il est davantage intéressé par sa présence dans le territoire filmé que par le lieu lui-même et ses habitants. Il est dans la position du touriste qui cherche essentiellement à voir et à se faire plaisir plutôt qu’à découvrir et comprendre. On a également la constante impression que le baroudeur – qui semble fuir toute intellectualisation – n’est pas conscient des formidables possibilités cinématographiques que son dispositif peut lui offrir.

Le film reste toutefois divertissant grâce à Antoine de Maximy dont le côté rentre dedans peut séduire – il tente même une intrusion dans les propriétés de Steven Spielberg et de George Clooney. Ses intentions sont louables car son vrai projet est de filmer les grands oubliés du rêve américain : les Indiens, les noirs des quartiers défavorisés, les homeless, les Cajun et autres Amish. Ce choix est honorable d’un point de vue sociologique, mais l’auteur zappe trop rapidement d’une région à l’autre des USA, sans approfondir l’histoire des personnages. Surtout, les rencontres baignent le plus souvent dans un humour potache déplacé, qui ne permet en aucun cas de rendre compte d’une réalité. L’un des grands vices de la télévision. Cet aspect est renforcé par la bande-son de Béatrice Ardisson – la reine de la reprise kitsch – qui œuvre également pour Paris dernière, programme qui joue sur le principe de réalité et du hasard de la rencontre, alors qu’il n’est qu’un outil scénarisé de promotion télévisuelle pour les vedettes interviewées. En gros, on a le goût du vrai alors que tout n’est que pure superficialité. Maximy met également un peu trop en exergue des individus borderline au détriment des gens plus « ordinaires ». Ancien reporter de guerre, il semble avoir du mal à se détacher du côté sensationnel du reportage, en recherchant trop le personnage documentaire atypique et exceptionnel, ce qui est en grande contradiction avec l’idée de hasard qu’il défend. Il se fonde également avec insistance sur le principe de l’exemple : lorsqu’il filme un habitant d’un territoire visité, on a l’impression que cette personne représente l’ensemble des membres de sa communauté. Très simpliste. On pourrait même le taxer d’un certain racisme – ou de bêtise – lorsqu’il nous montre les noirs de la Nouvelle-Orléans qui semblent tous être alcooliques et violents. Maximy use d’ailleurs, lors de ces séquences, d’une bande-son illustrant la peur et la tension, ce qui nous présente des Afro-Américains particulièrement dangereux. Cela est particulièrement ambigu et rend le baroudeur beaucoup moins sympathique.

En définitive, ce film s’oublie aussi vite qu’un programme télé, en raison de son absence de profondeur et sa bêtise franchouillarde. Il est alors difficile de comprendre pourquoi les producteurs et l’auteur ont voulu porter leur concept sur grand écran – outre les considérations pécuniaires –, alors que la petite lucarne lui convenait beaucoup mieux. Ce portage ne fait que pointer les défauts d’une émission qui pouvait sembler agréable, ce qui démontre l’aspect cruellement révélateur du cinéma.

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