© Carlotta Films
Jeune cinéma

Jeune cinéma

de Yves-Marie Mahé

  • Jeune cinéma

  • France2022
  • Réalisation : Yves-Marie Mahé
  • Scénario : Yves-Marie Mahé
  • Montage : Yves-Marie Mahé, Nathalie Vigneres
  • Musique : Thierry Müller
  • Producteur(s) : Nicolas Brévière
  • Production : Local Films, Ciné+
  • Distributeur : Carlotta Films
  • Date de sortie : 27 septembre 2023
  • Durée : 1h14

Jeune cinéma

de Yves-Marie Mahé

Hyères encore, j'avais vingt ans


Hyères encore, j'avais vingt ans

Dédiées au cinéma indépendant et à la scène expérimentale, Les Rencontres cinématographiques du jeune cinéma, organisées à Hyères entre 1965 et 1982, furent pendant une poignée d’années le point de ralliement de cinéastes naissants – Claude Lelouch, Guy Gilles, Philippe Garrel, Chantal Akerman, Théo Angelopoulos… – et de centaines d’inconnus, dont les films ont fini par disparaître, faute de diffusion. En prise avec l’ambiance post-68, les films sélectionnés par Marcel Mazé et Rui Nogueira témoignaient d’un désir de liberté, rendu possible par la pauvreté financière et une certaine radicalité esthétique. De ces années de feu, le documentaire Jeune cinéma d’Yves-Marie Mahé peine toutefois à retranscrire l’insolence et l’inventivité. Utilisées de manière chronologique, les archives remplissent ici une fonction strictement informative, consistant à restituer le parfum d’une époque révolue, tout en démontrant l’impact des décisions politiques sur la vie du festival : après avoir été plusieurs fois délocalisé, ce dernier ne sera pas renouvelé en 1983 sur décision du conseil municipal de la ville d’Hyères, dont la majorité était passée à droite.

Lieu d’échange particulièrement fécond, le festival se retrouve bien vite réduit à une série de vignettes pittoresques relatées par quelques figures importantes de son histoire (Bernadette Lafont, Bulle Ogier, Dominique Noguez, Marguerite Duras…). Racontée, comme dirait Genet, « dans la langue de l’ennemi » (le corpus est presque intégralement constitué d’extraits de reportages télévisés), cette histoire alternative du cinéma aurait pu servir de terreau à une réflexion sur l’inévitable institutionnalisation des marges artistiques – le documentaire sera d’ailleurs lui-même diffusé par le groupe Ciné+ après sa sortie en salles. Mahé joue au contraire prudemment la carte de la nostalgie, en mettant l’accent sur les diverses provocations à l’œuvre dans les films (par exemple, une scène d’émasculation tirée de La Femme bourreau de Jean-Denis Bonan), mais aussi lors des projections – cf. l’interruption d’un échange avec le public par les militants du Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire, intimant le réalisateur de « montrer son cul ». Loin de montrer les limites du discours médiatique, le film souscrit souvent aux stratégies de mise en scène habituelles du documentaire télé, notamment dans son utilisation des images fixes (photographies ou titres de presse), filmées systématiquement avec un léger zoom pour donner un sentiment factice de mouvement et ne pas perdre l’attention du spectateur. Trop court pour donner une vue en coupe de la nouvelle génération du cinéma français des années 1970, trop long pour se contenter d’empiler les anecdotes, Jeune cinéma se situe dans un entre-deux ingrat qui finit par escamoter son intérêt.

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