Juste entre nous

Juste entre nous

de Rajko Grlić

  • Juste entre nous
  • (Neka Ostane Među Nama)

  • Croatie, Serbie, Slovénie2010
  • Réalisation : Rajko Grlić
  • Scénario : Rajko Grlić, Ante Tomić
  • Image : Slobodan Trninić
  • Costumes : Blanka Budak
  • Son : Nenad Vukadinović, Srdjan Kurpjel
  • Montage : Andrija Zafranović
  • Musique : Alfi Kabiljo, Alan Bjelinski
  • Producteur(s) : Igor Nola
  • Production : Mainframe Production
  • Interprétation : Miki Manojlović (Nikola), Bojan Navojec (Braco), Ksenija Marinković (Marta), Daria Lorenci (Anamarija), Nataša Dorčić (Latica), Nina Ivanišin (Davorka)...
  • Distributeur : Kanibal Films Distribution
  • Date de sortie : 11 mai 2011
  • Durée : 1h29

Juste entre nous

de Rajko Grlić

Peines d'amour perdues


Peines d'amour perdues

Qui trop embrasse mal étreint : voulant multiplier les portraits (celui du couple moderne, d’une rivalité entre frères, de l’adultère, de la classe moyenne), le réalisateur croate Rajko Grlić se perd en anecdotiques scènes qui, loin de former un tableau riche de ses détails, font de ce Juste entre nous un amalgame informe et, de fait, annihilent quasiment toute émotion et tout rythme.

Les problématiques de Juste entre nous se suivent et se chevauchent : la logique de leur enchevêtrement pourrait paraître évidente. Mais voilà, il ne suffit pas de juxtaposer des thèmes et des scènes pour former un ensemble, pour créer un rythme et donner de l’épaisseur à ses personnages. Cette épaisseur manque, parce que le réalisateur saute d’une idée à une autre, d’un protagoniste à un autre sans jamais leur laisser le temps de fleurir et de devenir des sujets. Il est pourtant rare qu’un film croate qui ne danse pas avec l’ombre de la guerre nous parvienne : malheureusement, cette fresque de la haute classe moyenne zagréboise ressemble à un méli-mélo mal dégrossi de clichés (la femme obsédée par l’idée d’avoir un enfant, les frères ennemis, l’amante délaissée) qui se contente de développer quelques stéréotypes épars censés tisser une toile sociale. Malgré quelques fulgurances, le film semble donc rester continuellement à l’état de brouillon.

Juste en nous est un film de famille : il s’ouvre sur l’enterrement du père de Nikola et Braco, dont la fraternité ne cache ni la jalousie de Braco pour Nikola, le fils préféré de la famille, celui qui a réussi (il est riche et il a une belle montre), ni la profonde crise que les deux hommes vivent. Nikola vit dans un somptueux appartement, navigue entre une épouse obnubilée par la maternité et une amante discrète qui élève leur fils en cachette. Braco, professeur de littérature, a été chassé de la maison familiale et de l’université qui l’employait. Jalousies, trahisons, scènes de ménage et règlements de compte des hommes et femmes perdus dans un Zagreb sans âme, sans espace et sans relief sont au programme : ce dernier a beau être alléchant, il n’en est pas moins attendu. Les scènes se suivent donc et se ressemblent, intervenant comme des caciques du genre : le retard de l’homme adultère vilipendé par une femme délaissée, les disputes de deux frères en concurrence affective et sociale que les dialogues, assez plats (« De toutes façons, papa ne m’a jamais aimé » et consorts)… chaque séquence semble devenir un tic, un passage obligé.

Au centre du débat reste la question sexuelle : mais, là encore, les scènes sensuelles ne prennent jamais le temps de l’abandon, du plaisir ou de la gène, et ressemblent davantage à une consommation du corps. Vite fait, mal fait, l’amour charnel n’est plus qu’un témoin, une mise en pratique du désir, obsessionnel, absent ou frustré selon les personnages, sans qu’un érotisme n’apparaisse jamais. Du désir brut, de l’émotion de la découverte du plaisir, du désespoir d’en être exclu, le réalisateur n’a finalement cure. Sous le prétexte d’une crudité de râles et de hanches dénudées, il évite soigneusement de faire sens. Le fantasme est omniprésent, mais n’est jamais véritablement mis en scène, la faute à un montage pragmatique et trop didactique. Tout commence par un deuil, tout finit par une naissance : entre-temps, on se déchire, on se console, on se rabiboche, mais tout cela n’a aucun poids. Drôle d’échec que celui de l’inconsistance lorsqu’un film voudrait brasser autant de tensions et de schémas différents.

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