Le jour où Elle, Biba et Marie-Claire en auront ras-le-bol de publier des dossiers sur la difficulté d’être une femme célibataire à 30 ans dans les grandes villes et ouh-la-la que c’est difficile d’avoir un orgasme quand son mec se met du rouge à lèvres Jean-Paul Gaultier, peut-être verra-t-on apparaître des articles plus trash sur des thèmes pas encore à la mode mais en passe de le devenir : au choix, la gérontophilie, la nécrophilie et la zoophilie. Ouais, trop tendance, la zoophilie !!! C’est ce qu’a dû se dire Bob Goldthwait qui, suite à un éclair de génie, s’est décidé à écrire et réaliser un film entier sur l’histoire d’une gourde qui a fait des trucs cochons avec son labrador quand elle était étudiante et qui, à l’heure de son mariage, se demande si elle doit l’avouer à son futur époux. Non ? Si.
Voyons, qu’est ce qui rend ce Juste une fois ! absolument insupportable ? En premier lieu, l’impression de voir un remake supposément gonflé de Mon beau-père et moi : la gourde va présenter son mec – un crétin absolu – à ses parents − des fachos au grand cœur – et son frère – un psychopathe drogué – lors d’un week-end qui va virer au cauchemar. Dans la première partie du film, les situations sont reprises à l’identique, avec juste ce qu’il faut de trashitude indé pour plaire à un public de post-ados en mal de conneries un peu cultes. Du caca ! Du sperme ! De la drogue ! Trop cool !!! Le tout dans une mise en scène très Sundance : DV, prise de son directe, acteurs au naturel… L’ambiance est fauchée, le talent du réalisateur et des comédiens est à l’avenant, au point que l’on a vite l’impression d’assister à une parodie réalisée par des amateurs pour YouTube. Petit détail : on ne rit pas du tout.
En réalité, Juste une fois ! pourrait être vraiment drôle s’il assumait complètement son statut d’Objet Cinématographique Dégueu. Mais hélas, trois fois hélas, John Waters – qui, rappelons-le, faisait manger dans Pink Flamingos (1972) une crotte de caniche à sa muse, le travesti Divine – est loin d’avoir trouvé en Bob Goldthwait un héritier à la hauteur de son cinéma controversé et militant. Probablement pas assez couillu pour aller jusqu’au bout de son propos, le « réalisateur » règle l’intrigue de départ de sa sitcom en une demi-heure pour embrayer sur un mélo romantique ahurissant de niaiserie : la gourde va découvrir que l’amour, le vrai, se cache là où l’on ne s’y attend pas, mais aussi que la famille c’est vachement important et que pour être heureux, il faut savoir préserver son jardin secret. Et l’on se rend compte que finalement, Bob Goldthwait a inventé un concept : le roman à l’eau de rose pseudo-crado, dans lequel la blonde héroïne suce son chien avant de rencontrer le grand amour. Autre époque, autres mœurs. Face à cet affligeant pétard mouillé et apolitique, la divine Divine se retourne dans sa tombe.