Secuestrados, malencontreusement traduit Kidnappés en français (séquestré et kidnappé n’ayant pourtant ni la même signification ni encore moins la même plastique cinématographique) se pose comme un film d’ambiance claustrophobe. Entre thriller, film psychologique et revenge movie, Miguel Ángel Vivas tente une expérience esthétique risquée pour un sujet maintes fois rebattu.
Prototype de la famille bourgeoise madrilène, Jaime, sa femme Marta et leur fille Isa parachèvent leur installation dans une luxueuse villa. Grands espaces encombrés de cartons, ballet des déménageurs qui s’affairent, derniers détails techniques à régler, un emménagement est toujours source de fatigue, d’où la proposition maternelle de passer la première soirée tranquillement et en famille, champagne à l’appui. Après moult négociations, Isa parvient toutefois à négocier une sortie nocturne. Alors qu’elle se prépare à sortir, la maison est assiégée par un trio d’hommes masqués, apparemment décidés à violenter les propriétaires pour leur soutirer tout ce qu’ils possèdent.
Si le pitch est pour le moins minimaliste (un cambriolage musclé), la réalisation de Miguel Ángel Vivas s’aventure vers des contrées formelles nettement plus ambitieuses. Vivas choisit ainsi de contrecarrer l’espace limité induit par le huis clos par une succession ininterrompue de plans séquences. L’immense villa, personnage à part entière, est donc rapidement cartographiée à travers la scène d’ouverture. Les déambulations des personnages, qui charrient leurs affaires d’une pièce à l’autre, ancrent la topographie des lieux dans l’esprit du public pour mieux en jouer après l’assaut (seuls les voleurs ne seront pas familiers de l’endroit). Bonne idée donc mais apparente, car ce parti-pris de mise en scène s’essouffle vite. Les saynètes jouant sur des ressorts dramatiques différents (l’installation, la séquestration et les diverses tentatives d’évasion) ne trouvent pas toutes une pertinence dans le plan-séquence. En particulier, lorsque un des membres du gang embarque le père de famille dans une tournée des guichets automatiques de la ville pour lui faire vider ses comptes. Ces scènes extérieures, cassant la claustration (source d’angoisse bienvenue dans un film de genre), se prêtent mal à la longueur des plans et créent une double temporalité (intérieur/extérieur) sur le même tempo alors qu’elles n’ont guère le même caractère dramatique.
Mais Vivas expérimente le rythme filmique sous un autre versant. Alors que la mère et la jeune fille, restées seules avec les deux autres agresseurs, tentent une échappée belle, le réalisateur joue du split-screen. Donnant simultanément le champ (les deux femmes réfugiées à la cave) et le contrechamp (les cambrioleurs tentant d’enfoncer la porte), le réalisateur parvient lors de cette séquence à faire ressentir l’urgence de la situation, la peur palpable des personnages et leurs réactions irrationnelles.
Quant au dernier quart d’heure du film, il frôle le sans-faute. Jusqu’au-boutiste, ultra-violente, la scène finale, qui déverse une rage sanglante sur les spectateurs abasourdis, se clôt par une morale nihiliste. Rares sont les films à oser un « unhappy end », Kidnappés est de ceux-là, indéniablement. Et c’est là que réside sa grande force.