L’histoire, on la connaît tous : à la veille de son mariage, une jeune femme se met à douter sur son engagement. Ce qui est moins commun, c’est que cette remise en question se fasse pour une personne du même sexe. Malgré le sel que la réalisatrice ajoute à ce canevas ultra-classique, le film reste bien trop lisse et conventionnel pour interpeller.
Lasse et Elisabeth sont deux quinquagénaires qui ont décidé de se marier sous le soleil estival de la campagne suédoise. L’annonce de leurs fiançailles permet à leurs filles respectives, Mia et Frida, de se rencontrer pour la première fois. La première, brune un peu mutique, s’apprête de son côté à s’engager avec son petit ami. La seconde, blonde extravagante, assume son homosexualité et a la provocation facile. Le courant passe d’abord difficilement entre les deux jeunes femmes… jusqu’au déclic fatal qui les amène au point de non-retour de leurs désirs : Mia, progressivement consciente de son imposture vis-à-vis de son futur mari, refuse pourtant de s’engager davantage auprès de Frida, éperdument amoureuse.
Dès le début, le film annonce habilement la couleur et affiche sa teneur. Dans une ambiance assez feutrée, la réalisatrice parvient dans une seule et même scène à poser les enjeux qui vont régir les différents personnages de cette fiction. Capté avec une certaine vivacité, les dialogues fusent et rebondissent, servis par une galerie d’acteurs qu’on sent immédiatement à l’aise avec leur partition. Paradoxalement, c’est cette relative évidence qui inspire une méfiance à l’égard du programme que Kyss Mig – Une histoire suédoise met en place. On sent malheureusement trop rapidement la suite venir : de doutes en crises en passant par des ruptures puis des retrouvailles, le scénario s’en tient à des rebondissements et des enjeux trop attendus pour surprendre ou émouvoir.
Pour un film qui aborde la découverte de ses désirs, la mise en scène d’Alexandra-Therese Keining manque cruellement de chair. Le trouble et la sensualité se dissipent rapidement au profit d’une atmosphère très éthérée et lénifiante. Si la réalisatrice ne sombre dans aucune caricature, elle ne se démarque pas vraiment des conventions liées au genre tout en privant ses personnages de cette épaisseur psychologique attendue. Au bout du compte, Kyss Mig – Une histoire suédoise donne plus l’impression d’être un gentil fantasme (celui d’un détournement) qu’un véritable cri du cœur. Il fait peu de doute que l’histoire plaira à un public-cible, mais on aurait pu espérer davantage de la part d’un film qu’on souhaiterait voir débarrassé de cette morne politesse.