L’Âge atomique
L’Âge atomique
    • L’Âge atomique
    • France
    •  - 
    • 2012
  • Réalisation : Helena Klotz
  • Scénario : Héléna Klotz, Élisabeth Perceval
  • Image : Hélène Louvart
  • Son : Matthieu Perrot, Emmanuel Soland, Armelle Mahé
  • Montage : Cristobal Fernandez, Marion Monnier
  • Musique : Ulysse Klotz
  • Production : Kidam
  • Interprétation : Elliott Paquet (Victor), Dominik Wojcik (Rainer), Niels Schneider (Théo), Mathilde Bisson (Cécilia)...
  • Distributeur : NiZ!
  • Date de sortie : 28 novembre 2012
  • Durée : 1h08

L’Âge atomique

réalisé par Helena Klotz

Lauréat du prix Jean Vigo 2012 (récompensant un premier film français), L’Âge atomique arrive donc auréolé d’une réputation d’objet de curiosité, dont la durée bâtarde (1h08) ne semblait pas forcément augurer d’une sortie en salles. Si le film fait preuve de certaines qualités plastiques, la démarche de la réalisatrice reste pourtant assez ampoulée, voire suffisante.

L’Âge atomique décrit l’errance dans la nuit parisienne de deux jeunes gens, Victor et Rainer. Si l’on s’en tient à la définition stricte de l’errance, le film remplit son office : il semble mû par la force du hasard, sans chercher de prime abord à introduire une quelconque cohérence dans les pérégrinations des deux personnages, comme une traduction de l’absurdité sans but de l’existence. Mais voilà : le cinéma est avide de sens, et il faut y faire entendre une voix singulière pour espérer sortir de la masse hebdomadaire des sorties en salles.

Chose qu’Héléna Klotz réussit partiellement du point de vue esthétique, la première demi-heure de son film étant marquée par un travail de l’image et du son que l’on pourra trouver particulièrement souligné, mais qui trouve un écho spécifique avec le parcours de ses personnages. Victor et Rainer, jeunes banlieusards, se rendent dans une célèbre boite de nuit parisienne. Les écarts de perception, de classe et d’idéaux s’y manifestent à travers les dialogues, qui oscillent entre trivialité et facture littéraire, spleen et cruauté. Les voix sont désolidarisées de l’ambiance sonore de la boite de nuit, et restent toujours très audibles, traduisant un malaise diffus qui s’installe peu à peu, creusant – encore une fois – un décalage. L’ivresse est rendue perceptible par la plasticité d’une lumière aux tons mouvants, zébrant les visages de teintes tour à tour mornes et outrancières. Tout ceci restitue, par glissements progressifs ou abrupts, l’ambiance à la fois ouatée et vénéneuse d’un lieu de débauche, et établit une transcription des états extrêmes de la fête avec un certain charme, creusets du trouble qui gagnera Victor et Rainer par la suite.

Mais cela ne fait pas un film. Cela fait, au mieux, un trop brillant exercice coupé du reste de l’œuvre, qui cependant renseigne sur la prétention des intentions formulées par la réalisatrice. Car il y a dans cette volonté d’ériger ces deux adolescents en « poètes maudits » à la sauce moderne – comme des porte-drapeaux du malaise des jeunes dans nos sociétés – la désagréable impression qu’Héléna Klotz se coupe de son matériau de base : l’humain. À mesure que la nuit avance, elle ne se peuple non plus de rencontres ou d’apparitions, mais d’un vide glaçant qui révèle peu à peu la superficialité de la démarche. Les dialogues impénétrables, perçus jusqu’alors comme une langue mystérieuse, prennent alors tout leur sens, celui d’un sérieux pédant et rébarbatif qui voudrait tout dire de notre époque par des phrases expédiées de manière définitive. L’Âge atomique devient rapidement une sorte de « film à sketches », une suite de séquences prétentieuses déconnectées du réel et aux enjeux dissous, qui se voudraient abstraites et engagées sans mettre les mains dans le cambouis. Une haute idée du cinéma, une basse conception de l’être humain.

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