© Bellissima Films
L’amour ne pardonne pas

L’amour ne pardonne pas

de Stefano Consiglio

  • L’amour ne pardonne pas
  • (L'Amore Non Perdona)

  • Italie, France2014
  • Réalisation : Stefano Consiglio
  • Scénario : Stefano Consiglio, Mimmo Rafele
  • Image : Francesco Di Giacomo
  • Décors : Isabella Angelini
  • Costumes : Maria Rita Barbera
  • Montage : Silvia Di Domenico
  • Musique : Nicola Piovani
  • Producteur(s) : Angelo Barbagallo, Fabio Conversi
  • Production : Babe Films, BiBi Film, RAI Cinema
  • Interprétation : Ariane Ascaride (Adrienne), Helmi Dridi (Mohammed), Francesca Inaudi (Maria Ida)...
  • Distributeur : Bellissima Films
  • Date de sortie : 11 mars 2015
  • Durée : 1h20

L’amour ne pardonne pas

de Stefano Consiglio

Tous les autres s'appellent Mohammed


Tous les autres s'appellent Mohammed

Adrienne est une femme qui approche la soixantaine. Française, elle vit et travaille dans une petite ville du sud de l’Italie où elle a suivi son mari, décédé quelques années plus tôt. Alors que son quotidien semble réglé comme du papier à musique, entre son travail d’infirmière, sa fille unique et sa petite-fille, elle rencontre à l’hôpital Mohammed, un Marocain qu’elle se retrouve à prendre en charge sur le plan médical. Malgré les origines du jeune homme et leur différence d’âge (pas loin de trente ans), Adrienne et Mohammed vont tous deux succomber à un amour aussi passionné que charnel. Seulement, dans cette région de l’Italie où le racisme contre les Arabes semble totalement banalisé, cette union est vue d’un très mauvais œil. Éprouvé par l’intolérance de ceux qu’il côtoie, le couple va-t-il résister au jugement sans appel de la société ? C’est à peu près la seule question que semble se poser le réalisateur tant le scénario de L’amour ne pardonne pas trahit un mauvais compromis entre une romance à l’eau de rose et un regard qui se voudrait plus politique, plus critique sur le racisme de la société italienne.

Corps à corps

Sur la question du rapport au corps, c’est peut-être là où le film s’en sort le mieux : portée par l’énergie à la fois généreuse et sensuelle d’Ariane Ascaride (en revanche nettement moins à l’aise dès qu’il est question de débiter des dialogues souvent abscons), la caméra de Stefano Consiglio a l’intelligence de ne pas faire du corps vieillissant de son actrice un obstacle à l’exaltation charnelle. S’il joue parfois adroitement des années qui séparent sur le plan physique les deux personnages, le propos se limite généralement à la tendresse d’un échange de regards, un contrechamp sur le corps encore jeune de Mohammed en train de se doucher. Comme chez Paul Vecchiali dans le magnifique Corps à cœur, L’amour ne pardonne pas aurait certainement gagné à davantage explorer et assumer cette voie sans pour autant s’embarrasser d’un discours théorique sur la sexualité intergénérationnelle. Seulement, probablement conscient du fait que le projet s’essoufflerait très rapidement en ne misant que sur cette seule dimension, le réalisateur italien cherche rapidement à s’emparer d’un discours sur le racisme et l’acceptation des différences en confrontant maladroitement cette union au regard des autres.

L’ombre de Fassbinder

Mais là où le modèle allemand qu’est Tous les autres s’appellent Ali de Fassbinder avait la force et l’intelligence de faire du racisme une éprouvante caisse de résonance à la solitude affective de la vieille femme de ménage éprise d’un jeune Turc, L’amour ne pardonne pas ne nous épargne pas de lourds passages obligés comme la question du vol et du terrorisme comme autant de mises à l’épreuve de cette union sans pour autant s’intéresser même de loin aux questions de l’intégration et du rapport de classe. Le récit nous oblige à nous contenter des déclarations caricaturales de la fille d’Adrienne qui préfère ne plus revoir sa mère et la juger amèrement plutôt que d’accepter sa vie affective. Pire, le jeune Marocain, qui subit de nombreuses humiliations (il est suspecté d’avoir volé un précieux bijou, de profiter de la crédulité de sa nouvelle compagne, etc.), n’existe jamais véritablement en tant que tel aux yeux du réalisateur. Mis à part la scène de rencontre avec la famille marocaine réglée à coups de silences qui nous permettent de faire l’économie de certaines déclarations, Mohammed n’est jamais singularisé (quels sont ses idées, ses rêves et son histoire ?), limité à n’être qu’un révélateur des contradictions d’Adrienne. C’est un peu maigre pour qu’on se laisse prendre par la force dévastatrice de cette histoire d’amour.

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