L’Apparition de la Joconde

L’Apparition de la Joconde

de François Lunel

  • L’Apparition de la Joconde

  • France2011
  • Réalisation : François Lunel
  • Scénario : François Lunel, Viviane Zingg, Arnaud Bougoin
  • Image : Christophe Debraize-Bois
  • Son : Nicolas Waschkowski
  • Montage : Gladys Joujou
  • Musique : Mathieu Lamboley, Tal Haddad
  • Production : Promenades Films, La Vie Est Belle Films
  • Interprétation : Serge Riaboukine (Franck), Vanessa Glodjo (Sarah/Mona Lisa), Grégoire Colin (Paul)
  • Distributeur : Promenades Films
  • Date de sortie : 12 octobre 2011
  • Durée : 1h21

L’Apparition de la Joconde

de François Lunel

Ceci n'est pas une femme


Ceci n'est pas une femme

D’une guerre en creux en ex-Yougoslavie (Jours tranquille à Sarajevo, 2003) à l’hôtel George V avec L’Apparition de la Joconde, François Lunel n’a pas perdu un sens de l’étrangeté vaporeuse, mais on n’y retrouve pas vraiment la nécessité qui présidait à son film précédent.

En avant pour la genèse de ce film : la direction de l’hôtel George V a fait appel, pour les 80 ans de l’établissement, à des artistes pour fêter ça. Habituée des folles expéditions festivalières dans les palaces du monde entier, la rédaction de Critikat – qui dispose d’une suite à l’année au « G. V » (c’est ainsi qu’on l’appelle entre nous) pour se reposer entre deux projections de presse – se sent évidemment très solidaire et se lève comme un seul homme pour souffler les bougies. C’est bien simple, presque sans discontinuer, on saute de joie, se lance des confettis et souffle dans des trompettes. Pouêt pouêt pouêt !

Franck, quant à lui, s’avère beaucoup moins à la fête, sa plume d’écrivain est sérieusement grippée. De retour des États-Unis pour écrire un scénario, il prend ses quartiers dans une chambre du « G. V ». Serge Riaboukine prête sa carcasse fatiguée et son visage grêlé à cet auteur qui capitalise sur un succès vieux de plus de sept ans. Décidément bien rouillé, la mécanique peine à se mettre en route et son agent littéraire (Paul, interprété par Grégoire Colin, dont on suit avec intérêt le sens de la variation capillaire de scène en scène) essuie les plâtres de l’humeur atrabilaire de Franck. Il règne une certaine blancheur dans une mise en scène concise et faite de lignes claires, comme on parlerait d’une écriture blanche. Pas d’épate mais une certaine tenue avec une nonchalance et dans un faux rythme gentiment fantaisistes.

Dans le huis clos d’une chambre où flotte l’air épais de la page blanche, quelques bruits du monde parviennent à Franck. Par la fenêtre : un saxophoniste noir gratifie le quartier des notes de Charlie Parker. Par la télévision : on a tenté de voler La Joconde. Et un autre bruit de venir jusqu’à lui, une jeune femme (Vanessa Glodjo) au visage de Madone, aux formes légèrement girondes et à l’accent étranger frappe à la porte. Car si La Joconde a finalement retrouvé le chemin du Louvre, l’occupante du tableau est, comme qui dirait, tombée du tableau comme d’autres du camion. Captive de cette œuvre et de son image, Sarah – le prénom de Mona Lisa dans le civil – en a profité pour prendre la tangente. Se disant sans doute que l’hôtel semblait particulièrement bien tenu, elle a tenté crânement sa chance.

Il va de soi que L’Apparition de la Joconde se place sur le terrain du fantasme et de la projection, de l’image rêveuse que l’on (se) forme de l’autre. Sarah et Franck forment bientôt une sorte de couple, chacun étant pour l’autre une promesse en même temps qu’une contradiction. Pour elle, l’émancipation de sa condition de prisonnière d’un tableau. Quant à Franck, il la modèle en une image qui, du moins l’espère-t-il, permettra de faire écran à une souffrance sentimentale aussi ancienne que tenace. François Lunel trace ce sillon sur le mode d’un suspense tranquille – apparition/disparition et union/désunion ne cessent d’être mis en tension dans une incertitude permanente. Un tropisme italien (toscan) finit par s’emparer d’un film se terminant par le plan fixe du couple uni dans l’embrasure d’une fenêtre ouvrant sur un paysage où les lignes sont prises dans un sfumato. Un terme qui résume assez bien une œuvre qui parvient certes à instiller une forme de mystère évanescent, mais qui aurait pu convaincre davantage si elle paraissait moins souvent fumeuse.

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