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L’Étrangère

L’Étrangère

de Florence Colombani

  • L’Étrangère

  • France2006
  • Réalisation : Florence Colombani
  • Scénario : Sophie Audoubert, Florence Colombani
  • Image : Mário Castanheira
  • Montage : Isabelle Ingold
  • Producteur(s) : Paulo Branco
  • Production : Gemini Films, Clap Filmes, Arte France Cinéma
  • Interprétation : Sarah Pratt (Sophie), Clément Sibony (Valentin), Charlotte Hellekant (la cantatrice suédoise), Philippe Morier-Genoud (David), Cassandre Berthon (Cassandre), Nicolas Cavallier (Denis), Mireille Delunsch (la maréchale)
  • Date de sortie : 10 janvier 2007
  • Durée : 1h17

L’Étrangère

de Florence Colombani

Féminité figée


Féminité figée

Sophie est habilleuse et s’occupe chaque soir d’une cantatrice suédoise. Elle est une femme de l’ombre qui s’interdit de vivre depuis qu’un drame personnel l’a contrainte à quitter les États-Unis. Courtisée par un jeune homme ténébreux, elle va peu à peu devenir une femme de la lumière. Réflexion peu convaincante sur la féminité, L’Étrangère souffre avant tout d’une mise en scène lourdaude, chargée de symboles et de mises en abyme rabattus. Dommage pour l’actrice principale, Sarah Pratt, convaincante de bout en bout.

Sophie (Sarah Pratt) est une femme exilée en France qui vit dans l’ombre des autres et notamment dans celle d’une grande cantatrice qu’elle habille et déshabille chaque soir pour les représentations du Chevalier de la rose. Florence Colombani, pour son premier film, a choisi de mettre clairement en opposition deux espaces : celui de la scène, occupé par les cantatrices majestueuses, qui trouve toute sa légitimité dans l’attention que le public lui confère, et celui des coulisses, privé de cette lumière qui permettrait à Sophie de trouver un rôle important dans le film de son existence. Du coup, la jeune femme tente de s’extérioriser en tant qu’actrice de théâtre amateur, encadrée par David, un homme plus mûr qu’elle.

Ce que l’on retient du film de Colombani, c’est un désir d’être vu, d’être entendu, en gros, d’être le centre du plan et de toutes les attentions. À travers ce personnage de femme inhibée qui se refuse tout jusqu’au jour où un jeune homme ténébreux et peu loquace (Clément Sibony, pas très inspiré) se décide à percer son mystère intérieur et révéler au grand jour cette femme de l’ombre, Florence Colombani et sa scénariste Sophie Audoubert y ont certainement mis beaucoup d’elles-mêmes. Pourtant, si la sincérité du projet ne fait aucun doute, force est de reconnaître que la réalisatrice évite difficilement la complaisance. Du coup, L’Étrangère tourne vite à vide, peu aidé par la maladresse des cadrages et des raccords, au point de révéler la vacuité du propos. Plutôt qu’un portrait de femme complexe, on assiste en fait à un fantasme de petite fille qui attend endormie qu’un prince charmant vienne la sortir de sa torpeur.

Presque inexistante tant que l’homme ne la voit pas, la femme est donc tentée de prendre la pose. Et c’est dans quoi se vautre inévitablement Florence Colombani. Outre la métaphore très indigeste de la femme spectatrice qui devient actrice (au point que la dernière représentation s’interrompt inexplicablement), tout est constamment surligné, du dialogue trop écrit à la limite du verbeux aux plans inutilement longs et statiques. La réalisatrice a vraisemblablement tenté de capter quelque chose d’invisible mais, au lieu de cela, est restée totalement extérieure à son sujet, livrant un film froid, aseptisé, d’une terrible maladresse. L’œuvre se voulait sérieuse et mélancolique, elle est malheureusement gauche et plutôt grotesque.

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