Quatre ans après En attendant le déluge, Damien Odoul revient avec un petit film bricolé à l’aide de son complice Mathieu Amalric sur les errances d’un homme qui veut découvrir les tréfonds de la sexualité féminine. Le pari était risqué, presque suicidaire, d’autant plus que le cinéaste n’a manifestement pas les moyens de donner la moindre grandeur à son sujet. À l’arrivée, L’Histoire de Richard O. laisse franchement circonspect, tant la vanité côtoie sans aucune honte la plus terrible des médiocrités.
Loin de vouloir choquer gratuitement les spectateurs, L’Histoire de Richard O. fait partie de ces films qui ont surtout la prétention de se croire transgressifs parce qu’ils pensent regarder droit dans les yeux ce que tout le monde se tuerait à observer de la manière la plus biaisée possible. La quête de Richard (Mathieu Amalric, perdu quelque part entre l’audace et l’inconscience) auprès d’une dizaine de Parisiennes ira donc droit au but. Pendant un mois (le mois d’août à Paris, tellement réputé pour être cette fabuleuse parenthèse annuelle pendant laquelle toutes les flâneries sont permises), aidé de son improbable ami (Stéphane Terpereau), le jeune quadragénaire va donc rencontrer une petite dizaine de femmes, aussi différentes les unes que les autres, mais qui ont pour point commun d’interroger la sexualité et le désir au féminin. Entre celle qui souhaiterait, dans ses fantasmes les plus fous, vivre un viol consentant mais pas trop quand même, celle qui voudrait être remplie de sexe et recouverte de sperme, et toutes les autres qui s’offrent et se dérobent tout aussi rapidement, Richard, affublé d’un regard d’extraterrestre atterrissant sur la planète « femme », a l’air d’avoir beaucoup de fil à retordre.
Que cherche-t-il ? La femme, semble-t-il, puisque Richard souffre de ne pouvoir avoir toutes les femmes. Il tente ainsi de trouver quelque chose d’universel en chacune d’elle, sans bien évidemment y parvenir. Cette idée aurait pu nourrir une réflexion passionnante sur la sexualité, sur ce vide qu’elle a charge de combler tout en laissant continuellement poindre une mélancolie inexplicable. Mais pour cela, encore aurait-il fallu que Damien Odoul soit un grand cinéaste. Son projet, aussi courageux soit-il, dévoile bien rapidement ses tristes limites par manque de modestie et de générosité. Cette quête reste désespérément centrée sur le personnage de Richard, tout au plus approcherons-nous les personnages féminins au cours de séquences confondantes de ridicule. Un peu à la manière de Fellini dans La Cité des femmes ou de Truffaut dans L’Homme qui aimait les femmes, le « deuxième sexe » reste donc dans sa globalité un territoire étranger, forcément fascinant, mais qui peut aussi se révéler mortel. De la fétichisation régressive, en somme.
L’Histoire de Richard O., c’est donc un peu La Vie sexuelle de Catherine Millet : les expériences s’enchaînent sans se cumuler, la liberté de ton est totale au point qu’elle occulte le style, et la franchise finit par rimer avec ringardise glauque. On reste néanmoins stupéfait devant l’investissement de Mathieu Amalric qui n’hésite pas un instant à abandonner son costume d’acteur reconnu pour se mettre totalement à nu. De toute l’histoire du cinéma français, il est probablement le premier à dévoiler son sexe en érection avec un naturel désarmant. On n’en est que d’autant plus désolé de le voir s’être à ce point donné pour un projet si anodin.