L’Ombrelle bleue

L’Ombrelle bleue

de Vishal Bhardwaj

  • L’Ombrelle bleue
  • (Chatri Chor)

  • Inde2005
  • Réalisation : Vishal Bhardwaj
  • Scénario : Minty Kunwar Tejpal, Abhishek Chaudey, Vishal Bhardwaj
  • d'après : le roman The Blue Umbrella
  • de : Ruskin Bond
  • Image : Sachin K. Krishn
  • Décors : Samir Chanda
  • Costumes : Dolly Ahluwalia
  • Son : Dara Singh
  • Montage : Aarif Sheikh
  • Musique : Vishal Bhardwaj
  • Producteur(s) : Ronnie Screwvala
  • Production : UTV Motion Pictures
  • Interprétation : Pankaj Kapur (Nandu), Shreya Sharma (Biniya), Rahul Kumar (Tikku), Paramjit Singh Kakran (Rajaram)
  • Distributeur : Splendor Films
  • Date de sortie : 16 décembre 2015
  • Durée : 1h30

L’Ombrelle bleue

de Vishal Bhardwaj

Le songe d'un jour d'été


Le songe d'un jour d'été

Le réalisateur Vishal Bhardwaj est connu pour ses adaptations indiennes des tragédies shakespeariennes : Macbeth pour Maqbool (2003), Othello pour Omkara (2006) et Hamlet pour le plus récent et très réussi Haider (2014). Loin du Romeo+Juliet de Baz Lhurmann, Bhardwaj se plaît à mêler les bases des trames shakespeariennes, dont il ne réutilise pas le texte, aux codes bollywoodiens comme au folklore régional, particulièrement du nord de l’Inde. Avec L’Ombrelle bleue, réalisé entre Maqbool et Omkara et moins célèbre en Inde, Bhardwaj délaisse Shakespeare pour se concentrer sur ce même folklore, dont il tire une jolie fable pour enfants, un brin poussive.

Conte pour enfants

Dans un village reclus de la région montagneuse de l’Himachal Pradesh, Biniya découvre un jour une ombrelle bleue, qu’elle échange à des touristes japonais contre son porte-bonheur traditionnel. L’ombrelle déclenche la jalousie de Nandu, l’épicier du village, qui cherche par tous les moyens à s’en emparer. Quand l’ombrelle disparaît, Biniya est convaincue que Nandu la lui a volée… Adapté du roman de l’écrivain indien Ruskin Bond, L’Ombrelle bleue tient à l’évidence du conte pour enfants. À travers la concupiscence et l’amour démesurés que l’exotique objet provoque chez Nandu comme chez Biniya, Bhardwaj parle évidemment de la nécessité de se détacher du matériel pour éviter les conflits : à partir du moment où l’ombrelle bleue débarque dans le village, la tranquillité est troublée, et chacun des protagonistes expérimente une souffrance qui lui était auparavant inconnue. Le happy end réconciliateur, où l’ombrelle bleue devient la propriété du village entier à travers sa position sur le toit du magasin de Nandu, apparaît ainsi comme une évidence. La morale est sauve : l’innocence de l’enfant gagne contre la mesquinerie de l’adulte, et le village retourne à son bonheur simple.

Décor et folklore

L’intérêt principal du film ne résidera pas dans l’histoire, dont la banalité conduit Bhardwaj, comme souvent, à tirer son film en longueur (bien que pour une fois, il s’en tienne à quatre-vingt-dix minutes, un record à Bollywood) au point que l’attention s’érode peu à peu. C’est l’interprétation géniale du vétéran Pankaj Kapur (Nandu) qui change brusquement l’atmosphère dans les dernières minutes de film. Grâce à elle, on ne peut s’empêcher de ressentir une réelle pitié devant la déchéance du personnage, rejeté sans autre forme de procès par la communauté villageoise. Là où Bhardwaj réussit à séduire est justement dans cette captation de la vie de village, à mi-chemin entre le réalisme et l’exaltation d’une culture idéalisée et folklorisée – à travers les splendides chansons notamment, réminiscence des règles bollywoodiennes, largement oubliées hormis cela. Le film se focalisant sur la relation entre Biniya et Nandu, les autres personnages sont à peine esquissés : c’est aux décors naturels de voir se dérouler cette relation tumultueuse, l’ombrelle bleue se détachant sur le blanc éclatant des montagnes enneigées ou le vert vif des champs à perte de vue.

Pour les rétifs des contes et de leurs morales, L’Ombrelle bleue fonctionnera ainsi comme le plus beau des dépliants touristiques, et ce n’est pas forcément le plus mauvais des compliments.

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