L’Oncle Charles
    • L’Oncle Charles
    • France
    •  - 
    • 2012
  • Réalisation : Étienne Chatiliez
  • Scénario : Florence Quentin
  • Image : Yves Angelo
  • Montage : Catherine Renault
  • Musique : Jean-Michel Bernard
  • Producteur(s) : Françoise Billet, Florian Genetet-Morel, Romain Le Grand
  • Production : Les Productions du Champ Poirier, Pathé, TF1 Films Productions
  • Interprétation : Eddy Mitchell (Charles), Alexandra Lamy (Louise), Valérie Bonneton (Corinne), Arnaud Ducret (José), Thomas Solivères (Kevin), Sophie de Fürst (Élodie)...
  • Distributeur : Pathé Distribution
  • Date de sortie : 21 mars 2012
  • Durée : 1h38
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L’Oncle Charles

réalisé par Étienne Chatiliez

Contrairement aux films de ses collègues Beineix et Besson, les premières œuvres estampillées «80’s» d’Étienne Chatiliez n’ont guère pris de rides. L’humour vachard et cinglant de La vie est un long fleuve tranquille et de Tatie Danielle, nourris au Fluide Glacial et aux vignettes de Wolinski, attestent de la créativité un peu folle d’un réalisateur parfaitement en prise avec son époque, qui assumait alors avec un certain panache son grand écart, un pied dans la machine commerciale (la pub), l’autre dans la provocation à outrance. Si l’ensemble fonctionnait, c’est parce que le regard et le ton de Chatiliez et de sa complice scénariste Florence Quentin n’épargnaient rien ni personne, sans se départir d’une affection certaine pour les affreux, sales et méchants qu’ils mettaient en scène.

La suite, nettement moins glorieuse, n’est qu’un long déclin vers les tréfonds de l’ennui et de la médiocrité : de l’inoffensif Bonheur est dans le pré au carrément neuneu Tanguy, du consternant La confiance règne (désastre critique et commercial) au carrément nauséabond Agathe Cléry (dont on se demande encore comment Valérie Lemercier a pu sortir indemne). L’Oncle Charles semble témoigner d’une volonté de Chatiliez de revenir aux valeurs sûres : on y retrouve peu ou prou une famille de Groseille de la France de 2012 (des prolos vaguement trash coincés dans un pavillon au bord de la Nationale) qui, appâtée par la fortune d’un vieux schnock richissime parti à la recherche d’une sœur perdue de vue depuis l’enfance, décide de monter une grosse arnaque pour toucher le jackpot.

Rien, ou presque, ne fonctionne dans cette comédie faussement subversive (co-produite pour sa case en prime time par TF1, c’est dire la prise de risque) qui oscille en permanence entre sa volonté de rire grassement de personnages grotesques et méprisables et sa crainte de faire fuir un public qui, potentiellement, pourrait bien leur ressembler. D’où une succession de scènes absurdes qui font flop, portées par des comédiens qui tentent d’incarner la beaufitude la plus rance tout en restant sympathiques et agréables à regarder (pauvre Alexandra Lamy, visiblement à la peine). Seule Valérie Bonneton tire son épingle du jeu, grâce à un personnage vaguement monstrueux qu’elle parvient à faire exister par une composition très physique : brushing improbable, tailleurs à vomir, visage grimaçant qui l’entraîne sur un terrain inquiétant, au bord de la folie, dont le réalisateur ne sait hélas trop que faire. Le reste est du niveau des téléfilms que la première chaîne produit à la pelle : blagues potaches niveau CM2, situations téléphonées, couleurs pétantes et dénouement heureux. De quoi rêver des atrocités que Tatie Danielle aurait pu faire subir à l’Oncle Charles…

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