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La Bataille de Gaulle : J’écris ton nom

La Bataille de Gaulle : J’écris ton nom

de Antonin Baudry

  • La Bataille de Gaulle : J’écris ton nom

  • France2026
  • Réalisation : Antonin Baudry
  • Scénario : Antonin Baudry, Bérénice Vila
  • d'après : De Gaulle : une certaine idée de la France
  • de : Julian T. Jackson
  • Image : Giora Bejach, Pierre Cottereau
  • Décors : Benoît Barouh
  • Costumes : Laurence Chalou
  • Son : Lucien Balibar, Nicolas Cantin
  • Montage : Rehman Nizar Ali
  • Musique : Théo Cascio
  • Producteur(s) : Ardavan Safaee, Jérôme Seydoux, Axelle Boucaï
  • Production : Pathé Films
  • Interprétation : Simon Abkarian (Charles de Gaulle), Niels Schneider (le général Leclerc), Thierry Lhermitte (le général Giraud), Anamaria Vartolomei (Livia), Simon Russel Beale (Winston Churchill), Campbell Scott (Franklin Delano Roosevelt), Félix Kysyl (Jean Moulin)...
  • Distributeur : Pathé
  • Date de sortie : 26 juin 2026
  • Durée : 2h40

La Bataille de Gaulle : J’écris ton nom

de Antonin Baudry

La débandade, finalement


La débandade, finalement

Est-il possible de réaliser une hagiographie critique, qui trouverait un équilibre entre la célébration d’une figure et l’étude consciencieuse de ses actes ? C’était la question que l’on se posait à l’issue du premier volet de La Bataille de Gaulle. Réponse, une fois l’édifice achevé : manifestement non. Il est même frappant de constater que les gages de distanciation donnés dans un premier temps, cette manière de louvoyer entre la grande pompe du verbe gaullien, la bouffonnerie et parfois le recul historique (en interrogeant le rapport du gaullisme aux colonies), relevaient in fine de la retenue tactique, pour mieux dérouler ensuite le tapis rouge à une lecture plus déférente du personnage. À ce titre, J’écris ton nom n’est pas tout à fait le même film que L’Âge de fer : la segmentation de l’épopée en deux volets n’est pas seulement dictée par la chronologie (39 – 42, puis 43 – 44), mais par des rapports de force et des lignes narratives qui donnent à chaque moitié sa couleur, ses héros (Koenig dans le premier, Moulin et Leclerc dans le second) ou encore ses antagonistes. Là où le premier volet faisait de l’amiral Darlan une antithèse possible du général de Gaulle, son principal adversaire est ici, plus que l’Allemagne nazie, Roosevelt et son désir de vassaliser la France après la défaite de l’Axe. La convocation du poème de Paul Éluard, entonné sur un montage emphatique alors que les rues de Paris se rebellent contre l’occupant, vaut ainsi comme projet narratif consacrant de Gaulle comme le garant d’une libération de la France ainsi que de son indépendance sur la scène internationale.

Ce programme plus cérémonial s’achève scolairement sur l’Arc de Triomphe, où la flamme du Soldat inconnu se superpose à la silhouette rectiligne du général, avant que des vues contemporaines du monument en fassent la matérialisation de la trace laissée par l’homme illustre. Entretemps, Baudry aura resserré les boulons de sa fresque, plus tenue sur le plan du spectaculaire (ce deuxième volet est moins chiche en scènes d’action et de batailles), sans pour autant dépasser le stade du divertissement calibré. Par ailleurs, ce que le récit gagne en efficacité, il le perd en complexité des enjeux géopolitiques et historiques. J’écris ton nom est de ces films où l’action est rythmée par des figures célèbres qui, le regard dans le vide, s’éclairent soudain en disant « J’ai une idée », avant que le rythme de l’Histoire ne s’emballe. Ou plutôt d’une certaine vision de l’Histoire, fondée sur la truculence et l’enluminure narrative, pour dynamiser la restitution des événements. C’est le cas dans la scène dépeignant la fondation du CNR, où un faux coup de téléphone fomenté par Moulin force la décision de membres réunis. Plus loin, Baudry dépeint de la même manière une photo prise à la Maison Blanche lors du voyage de de Gaulle aux États-Unis, comme un petit stratagème qui permet au général de prendre l’ascendant : les épisodes historiques sont de la sorte à chaque fois réduits à une série de coups de dés et à l’audace de « grands hommes ».

Cette simplification, il a été de bon ton, lors de la sortie du premier volet, de la mettre sur le compte d’une inspiration « BD », univers auquel Baudry n’est pas étranger – il a scénarisé Quai d’Orsay sous le pseudonyme d’Abel Lanzac. Mais elle relève aussi à d’autres endroits d’une vision partiale des conflits idéologiques qui prennent place entre les Alliés. Par exemple, une scène avant le « D‑Day » pointe le racisme des G.I., avant qu’un soldat français n’indique que le retrait des tirailleurs sénégalais des rangs des divisions blindées est dû aux directives de l’armée américaine. Le raccourci, qui exonère un peu facilement la France libre de sa propre responsabilité dans le « blanchiment » des troupes au tournant de 1944, est d’autant plus étonnant que le film passe sous silence l’un des désaccords majeurs entre Roosevelt et de Gaulle, à propos du devenir de l’Empire français, que le second souhaitait maintenir. Baudry ne conserve ainsi que les détails qui servent son « narratif » ou offrent des anecdotes savoureuses qu’il peut amplifier (la première entrevue avec Roosevelt, où de Gaulle est surveillé derrière des rideaux par des membres des services secrets, présentés ici comme le tenant en joue). À choisir, on préférait encore L’Âge de fer : le film n’était pas meilleur, mais son numéro d’équilibriste lui donnait une forme de fragilité éloignant (ne serait-ce qu’un peu plus) le spectre de l’académisme.

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