Réalisateur de documentaires sur des personnalités historiques ou philosophiques (De Gaulle et Colombey en 2005 ou Michel Foucault par lui-même en 2003), Philippe Calderon s’est également illustré dans la réalisation d’émissions à caractère scientifique (Le Premier Sourire en 1995, La Rivière fantôme en 1997,…) et dans l’approche d’un monde parallèle : les insectes (La Cité des fourmis, 1998). Fort de ses expériences au cœur de l’incroyable, le cinéaste a choisi le domaine de la fiction pour conter et finalement aborder pleinement le combat impitoyable entre des fourmis carnivores, les magnans, et des termites.
Tourné au Burkina Faso, La Citadelle assiégée relate avec force et suspense l’approche de cruelles fourmis, une colonne de 10 millions de têtes, d’une termitière. Opposant, en une fable digne de La Fontaine, de belliqueuses bestioles, toujours prêtes à attaquer de pacifiques termites, Philippe Calderon fait expressément référence à tous les films de genre, guerre et catastrophe, pour construire sa mise en scène. Comme pour Microcosmos (1996), l’équipe technique a donc travaillé tantôt en studio en reconstruisant des tunnels de la termitière tantôt en plein air. C’est l’utilisation du boroscope (qui permet de faire passer une caméra dans de petits conduits en s’approchant au plus près des insectes) qui assure la vision, étonnante, d’un monde normalement inaccessible. Et les images ainsi montrées sont d’une parfaite maîtrise jusqu’aux éclairages dignes d’un grand studio. Panoramiques, travellings, rien ne manque dans la mise en scène pour approcher, frôler la reine pondeuse des termites, énorme réservoir à œufs, ni pour déambuler auprès des larves, soldats et ouvriers dans ces souterrains constitués de la bave d’insectes (de la terre mastiquée plus précisément). Commençant et finissant sur des plans flous qui font perdre bien des repères et sont une première passerelle vers un autre espace, La Citadelle assiégée vaut pour cette leçon de biologie contée en voix off. Car Philippe Calderon a opté pour le fameux « il était une fois » provoquant ainsi une intemporalité qui lui permet de toucher un jeune public plus friand d’histoires que d’explications scientifiques. Heureusement, il évite la trop facile projection et ces insectes « automates » restent simplement des insectes avec leurs propres règles et leurs propres défenses.
Les quelques remarques plutôt négatives pour ce travail de titan réalisé par des amoureux de ce monde parallèle seraient davantage liées à l’utilisation ronronnante de la musique. Cette dernière, qui rappelle la composition de Bruno Coulais pour Microcosmos, ne laisse que peu de place à l’ambiance sonore. Cette artificialité enrobe La citadelle assiégée mais ne lui donne aucun relief. Le bruissement de cet univers n’est donc pas perceptible. L’utilisation aussi d’images, peut-être de synthèse, en tous les cas re-travaillées (le plan sur l’oiseau s’envolant par exemple) et puis également de plans d’ensemble pour cadrer le paysage alentour ne fonctionnent pas aussi merveilleusement que l’arrivée dans l’espace de la termitière. Il n’en reste pas moins que La Citadelle assiégée mérite un détour et laissera pantois plus d’un spectateur.