La Disparue de Deauville

La Disparue de Deauville

de Sophie Marceau

  • La Disparue de Deauville

  • France2007
  • Réalisation : Sophie Marceau
  • Scénario : Sophie Marceau, Gianguido Spinelli, Jacques Deschamps
  • Image : Laurent Dailland
  • Montage : Laurent Roüan
  • Musique : Franck II Louise
  • Producteur(s) : Oury Milshtein, Ariane Guez
  • Interprétation : Christophe Lambert (Jacques), Sophie Marceau (Victoria et Lucie), Nicolas Briançon (Camille Bérangère), Simon Abkarian (Pierre), Robert Hossein (Antoine Bérangère), Marie-Christine Barrault (Mélanie Bérangère), Judith Magre (la duchesse)...
  • Collaboration au scénario : Rania Meziani
  • Date de sortie : 23 mai 2007
  • Durée : 1h40

La Disparue de Deauville

de Sophie Marceau

Sueurs fades


Sueurs fades

Une star morte mais vivante, un flic fou mais lucide, une enquête enrobée d’un mystère un peu fantastique : voilà à quoi se résume ce second film de Sophie Marceau. Regroupant une équipe d’outsiders (on retrouve à ses côtés Christophe Lambert et Robert Hossein), Sophie Marceau tente de construire un thriller fantastique qui, très loin de Vertigo plusieurs fois cité (la scène de poursuite sur les toits, l’intrigue elle-même…), accumule avec peine des séquences souffrant d’un manque cruel de crédibilité.

La Disparue de Deauville débute autour du personnage de Jacques (Christophe Lambert), flic à moitié fou (il est hanté par sa femme défunte dont il ne peut faire le deuil) vers qui vient une star de cinéma défunte, Victoria (Sophie Marceau), pour lui demander d’enquêter sur sa propre disparition. Quelques séquences d’enquête plus tard, le point de vue jusqu’alors adopté est cassé, par une scène de confrontation entre deux nouveaux acteurs du drame. Bien plus qu’une parenthèse narrative – faible mais insignifiante – cette scène est bien un aveu d’impuissance à maintenir un point de vue cohérent sur un sujet défini. Et c’est là probablement la plus grande faiblesse du film (mais qui en fonde sa raison d’être) : son absence de sujet clair et assumé.

La Disparue de Deauville aborde un pot pourri de thématiques (citons la folie, le deuil, l’inceste, l’homosexualité, la filiation…), sans squelette dramaturgique pour structurer le tout. L’enquête, en particulier, est uniquement un prétexte (qui s’annonce comme tel : voir l’arrivée quasi surnaturelle de Sophie Marceau dans la voiture de Christophe Lambert) fourni artificiellement au protagoniste à défaut de lui trouver des motivations crédibles. Et les autres pistes suggérées pour justifier la narration apparaissent tout aussi artificielles. La prétendue fascination de Jacques pour la mystérieuse actrice entre en opposition avec l’omniprésence de sa défunte compagne, sans que ne soit mis en scène le conflit d’émotions dont il devrait être victime. Son statut de policier ne suffit pas non plus à faire accepter cet acharnement à enquêter, tant il n’y a rien pour l’incarner ni dans le jeu de Christophe Lambert ni dans l’écriture de son personnage et de ses « collègues ».

Cette faiblesse est mise en évidence dans l’écriture même de l’enquête : Jacques ne progresse pas et c’est Victoria, elle-même, qui doit venir à « son secours », lui apporter des documents (photo, CD, DVD…) dans des scènes sans aucune légitimité au regard de l’intrigue. Le comble de cette artificialité scénaristique est sûrement atteint avec la « résolution finale ». Faute de pouvoir émerger naturellement de l’évolution du protagoniste, elle doit fait appel pour pouvoir clore le film aux souvenirs refoulés de l’un des personnages ; qui se livrent sous forme de flash-backs. À cela s’ajoutent des dialogues d’une grande trivialité (en particulier ceux de Robert Hossein, personnage clé restant dans l’ombre et n’ayant quasiment que ça pour s’incarner) et une écriture des personnages sans crédibilité.

N’ayant pas eu la capacité de développer un scénario cohérent, Sophie Marceau s’en remet à la technique. Pour panser ces faiblesses dont elle semble malgré tout consciente, elle emploi une série d’effets de mise en scènes superflus, comme des bruitages appuyant lourdement « l’étrangeté » ou des effets visuels décoratifs (ralentis, flous…) et sur-signifiants (travelling circulaire…) qui participent finalement à accentuer la fragilité de l’ensemble.

Soutenez Critikat

Critikat est une revue de cinéma associative dont les rédacteurs et rédactrices sont bénévoles.
Si elle est (et restera) entièrement gratuite, sa production a un coût : votre soutien est précieux pour garantir sa pérennité et son développement (site Internet, vidéos, podcasts...).
N'hésitez pas à nous soutenir mensuellement si vous le pouvez !