Andrucha Waddington aime les femmes, leurs combats, dans un pays où l’on oublie parfois que la condition féminine n’a pas toujours été au beau fixe. Depuis Gêmeas en 1999 et La Vie peu ordinaire de Dona Linhares, Waddington a démontré sa capacité à filmer la vie quotidienne : il la fait cette fois entrer dans une dimension plus historique. Si l’on est véritablement happé par les paysages et la mise en espace des décors, on regrette de temps à autre que la scénario ne soit pas aussi construit que cet espace si grand et pourtant si cloisonnant.
Dans La Vie peu ordinaire de Dona Linhares, Andrucha Waddington suivait une jeune femme courageuse revenant au village natal conservateur avec un enfant illégitime dans les bras. Dans La Maison de sable, les femmes ne se battent pas vraiment contre autrui et ses retorses perversités : elles sont au centre d’un tourbillon naturel. Elles luttent ainsi contre des éléments, notamment ce sable si prégnant, si lisse et pourtant si dévastateur.
La première réussite du film est le développement brillant de l’idée d’enfermement dans l’immensité spatiale et temporelle. Ces trois femmes, Dona Maria, Aurea et Maria, sont enfermées dans le siècle comme dans leur réserve naturelle : les années passent et rien ne change, ou presque. Quelques habitations, quelques départs… Libres de leurs mouvements, elles sont empêchées par l’extérieur. C’est donc en ce sens que l’infini peut rendre aussi prisonnier que l’étroitesse.
Le scénario, développé à partir de la photo d’une maison abandonnée, est donc tout entier construit sur la confrontation de trois êtres à un espace. Ce dernier est mis en scène avec précision, de la perpendicularité des maisons avec le sol à la grâce de certains panoramas. Et l’humain est en mouvement perpétuel, comme pour contredire l’immobilisme effrayant d’une nature prête à se mouvoir elle-même à chaque instant. La femme est dans et contre cette nature. Elle existe malgré elle, mais elle existe également en son sein.
Tourné pendant deux ans dans une réserve naturelle au Brésil, La Maison de sable ne manque pas de beauté esthétique. Mais la caméra, visiblement impressionnée par son environnement, ne s’en détache pas forcément avec subtilité. Si la beauté du décor est indiscutable, on peut néanmoins regretter qu’Andrucha Waddington n’en fasse jamais autre chose qu’un décor à contempler ou à montrer sous toutes ses coutures. Au fil du film, on s’éloigne de plus en plus de cette atmosphère glaçante et sableuse que la réalisateur ne maîtrise pas complètement.
Restent les portraits de femmes, incarnées par les deux actrices fétiches de Waddington, Fernanda Montenegro et Fernanda Torres, que certains ne manqueront pas de trouver topiques, mais que d’autres, comme votre serviteur, auront trouvés utiles, plutôt bien menés, fort bien interprétés. Évidemment, l’idée de la femme qui se bat contre tous les éléments n’est pas nouveau. Évidemment… mais son obligation de lutte non plus. Alors pourquoi pas s’engouffrer malgré tout dans le sable brésilien, à une époque où les salles obscures ne recèlent pas forcément de trésors précieux ?