La Mer à boire

La Mer à boire

de Jacques Maillot

  • La Mer à boire

  • France2012
  • Réalisation : Jacques Maillot
  • Scénario : Jacques Maillot, Pierre Chosson, Céline Breuil-Japy
  • Image : Luc Pagès
  • Son : Frédéric de Ravignan
  • Montage : Andrea Sedlácková
  • Musique : Stéphan Oliva
  • Producteur(s) : Jean-Baptiste Dupont, Cyril Colbeau-Justin
  • Production : LGM Productions
  • Interprétation : Daniel Auteuil (Georges Pierret), Marc Chapiteau (Claude), Maud Wyler (Jessica), Yann Trégouët (Luis), Moussa Maaskri (Hassan), Patrick Bonnel (Richard), Carole Frank (Hyacinthe), Xenia Buravski (Elena)...
  • Date de sortie : 22 février 2012
  • Durée : 1h38

La Mer à boire

de Jacques Maillot

Pétard mouillé


Pétard mouillé

Georges Pierret est le patron d’une société de construction de bateaux de luxe que la crise financière, et la frilosité bancaire qui en résulte, mettent peu à peu en péril. Si la clientèle et le milieu sont fortunés, la « masse salariale » (délicieux terme inhumain) est bel et bien prolétaire. La conjoncture lui impose des compromis auxquels même lui, véritable super-héros moderne (il connaît tous les prénoms des ouvriers !), doit malheureusement se plier : éviter le naufrage, sauver un canot, saborder le reste, et tenir encore bon la barre.

Petit père des peuples

La volonté de proposer un film social est clairement visible avec ce scénario, mais il apparaît plutôt que Jacques Maillot cède à des solutions de facilité qui contournent largement la question. Muni de son coscénariste Pierre Chosson, il déforme la réalité à travers toute une gamme de postures très manichéennes : le gentil patron, les méchantes banques, les gentils (mais un peu bêtes) délégués syndicaux, le méchant (et moins bon) concurrent… Et plus largement, il adhère tout à fait à la vision fantasmée de la crise financière, où une économie qui semblait très bien fonctionner se voit soufflée par un ouragan venu de nulle part. Nulle part, ou presque ; il a quand même l’air de venir d’au dessus, donc on y pointe le doigt : les salariés vers le patron, le patron vers les banques… À ce titre, Maillot fait sensiblement la même erreur d’interprétation de la réalité que les ouvriers qu’il met en scène ; seulement lui, il a à sa disposition les outils de la fiction, et quand il se méprend sur la réalité, il peut simplement la déformer, et accuser la banque, la concurrence commerciale, l’actionnariat… Bref, arranger à sa sauce, autour d’un point de vue patronal. Un film de fiction d’une heure et demie ne permet certes pas de dépeindre la réalité économique d’un phénomène aussi dense, mais y distribuer arbitrairement des coupables et des victimes reste un simplisme à éviter.

La mollesse de l’intrigue n’est ravivée que par des insufflations superflues. Certaines de ces sorties de terrain sont là pour faire passer le temps, telles que cette romance improbable conclue à Moscou entre le dessert et le café et passionnément entretenue quelques mois. D’autres reviennent périodiquement, teintant le personnage de nuances inutiles, comme cette compagne défunte qui revient comme un fantôme ou réapparait dans ses souvenirs, souvent nue. Le peu d’engagement de Jacques Maillot sur les personnages qu’il installe comme des outils se trahit dans la façon agaçante qu’il a de constamment les abandonner : les ouvriers menacés de licenciement se révoltent, résistent, se battent, et quand ils perdent finalement leur combat, il n’est tout simplement plus question de s’intéresser à eux ; ils n’existent plus. La raison à cela est que ce qui intéresse vraiment Jacques Maillot, c’est son personnage principal. La frénésie avec laquelle il le garnit d’enjeux annexes inutiles, ou persiste à illustrer son héroïsme scène après scène, lui permet d’écarter inlassablement le sujet. Pour lequel il dispose de quelques solutions de comptoir.

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