La Rivière Tumen
La Rivière Tumen
    • La Rivière Tumen
    • (Doo-man-gang)
    • Corée du Sud, France
    •  - 
    • 2010
  • Réalisation : Zhang Lu
  • Scénario : Zhang Lu
  • Image : Xu Wei
  • Décors : Zhu Guangxuan
  • Son : Wang Ran, Marc Nouyrigat, Frédéric Théry
  • Montage : François Quiqueré
  • Producteur(s) : Lee Jeong Jin, Guillaume de Seille, Woo Hye Kyung
  • Interprétation : Cui Jian (Chang-ho), Yin Lan (Soon-hee), Li Jinglin (Jeong-jin)...
  • Date de sortie : 25 août 2010
  • Durée : 1h29
  • voir la bande annonce

La Rivière Tumen

Doo-man-gang

réalisé par Zhang Lu

Le troisième film du Coréen Zhang Lu La Rivière Tumen, lauréat du prix du jury et du prix des étudiants du festival Paris Cinéma, nous emmène sur les plaines enneigées d’un petit village entre la Chine et la Corée, à la lisière du fleuve Tumen, frontière naturelle entre ces deux pays. Chang-ho, un jeune garçon de douze ans rencontre Jeong-jin, un réfugié nord-coréen, sur fond de tensions communautaires. Les craintes, la haine et la bienveillance animent les villageois qui tentent de survivre dans un environnement hostile où l’autre peut à tout moment être porté pour responsable de leur malheur. Le cinéaste puise dans le terreau de son enfance pour traiter la question des réfugiés nord-coréens en Chine et signer ainsi un drame à la fois onirique et réaliste, dans lequel il joue avec plus ou moins d’habileté sur les antagonismes.

Tout au long du film, on est arraché au jeu des enfants pour être confronté à la réalité la plus cruelle. La scène inaugurale donne d’emblée le ton. Un long plan fixe sur un paysage désolé, une plaine enneigée et au loin des bruits de pas qui crissent. Et bientôt on aperçoit la silhouette de deux personnages. Ces derniers s’approchent de la caméra qui panote vers le bas pour montrer alors le corps gisant d’un jeune garçon, qui se relève brusquement et s’enfuit au loin. On passe ensuite sans transition de ce simulacre de mort à la réalité des cadavres que comptabilise la police. Plus tard, Chang-ho s’amuse à tituber mimant les deux alcooliques que l’on reconnaît seulement le plan suivant. C’est autour du football que se lie l’amitié des deux garçons et qu’auront lieu toutes les actions déterminantes. La thématique du jeu colore ce film d’une teinte particulière empreinte d’ironie. De cette confrontation entre l’univers enfantin et le monde répressif des adultes naît une tension sourde.

Une dialectique s’ouvre entre dévoiler et masquer. Les clandestins fuient sans cesse pour se cacher et échapper à la police chinoise. La maison abandonnée où les enfants se réfugient est le lieu d’où l’on voit, d’où l’on observe. La fenêtre est un motif récurrent, mise en abyme, elle matérialise la tension entre le dehors et le dedans et symbolise la séparation entre deux territoire. Elle est aussi une ouverture sur le monde. Le cinéma de Zhang Lu révèle l’insupportable dans une esthétique paradoxale. À la violence des faits s’oppose la beauté des paysages et des cadres savamment composés. Le réalisateur adopte une attitude contemplative qui contraste avec le propos du film. Ces immenses étendues désertes envoûtent et effraient. Ces longs plans fixes témoignent de cette nature menaçante, de l’immobilisme de ce paysage, de la rudesse du climat, de cette terre hostile et glaciale sur laquelle ses habitants démunis tentent de survivre. Cette fixité est renforcée par le silence et l’absence de musique illustrative. Les seules notes perceptibles sont celles des chants entonnés par les paysans, à la fois odes et complaintes de leur pays. Dénués d’habillage musical, les bruits du quotidien prennent alors une grande importance. Le son annonce l’image. On entend le claquement de la corde à sauter sans d’abord pouvoir l’identifier jusqu’à ce que l’on voie la fillette y jouer. Le hors-champ est utilisé à maintes reprises, illustrant cette volonté de toucher du doigt progressivement la réalité et d’insuffler une inquiétante étrangeté. L’usage systématique de cette technique tourne malheureusement à l’exercice de style. Cette forme maniérée dessert la narration. Le cinéaste ne parvient pas à faire oublier les moyens mis en œuvre pour traiter son propos. Le choix d’un montage linéaire est sans doute également responsable de cette gageure. Le récit semble lutter pour trouver son rythme propre et s’enlise dans un temps monotone dont il parvient difficilement à s’extirper.

Au-delà du parti pris formel parfois maladroit, ce qui fait sans doute la force de ce film engagé est sa portée universelle. Car loin d’adopter un point de vue naïf, le réalisateur dresse un constat accablant sur le quotidien de cette région. En dénonçant la politique de répression de la Chine en matière d’immigration, Zhang Lu nous questionne sur ce problème crucial, à l’heure de la mondialisation.

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