Brian Percival est l’un des réalisateurs d’une série plutôt chatoyante dans son classicisme, Downton Abbey. Passant de la BBC au grand écran, il reste dans le domaine historique (et quoi de plus « vendeur » que la Seconde Guerre mondiale ?) mais, étrangement, perd de la belle simplicité que le petit écran anglais a su parfois développer ces dernières années. Il y a dans cette expérience du cinéma une volonté de synthèse et une tentative de grandeur plombante qui aplatissent totalement et les personnages, coincés dans un contexte permettant de mettre en avant le « film historique », et les situations, quotidiennes et tragiques, recouvertes de la poussière des vieilles recettes vaines de la représentation pour l’émotion.
Deux ou trois choses que l’on doit retrouver
Alors que l’Europe est entrée dans les festivités du centenaire de l’année 1914, la Seconde Guerre mondiale dame toujours un peu le pion à la première. C’est peut-être dans l’idée ‑hiérarchisante- que les horreurs d’un siècle et les pires affronts faits à l’humanité se sont déroulés dans la fin du premier XXe siècle que le cinéma historique se blesse, et rétrécit son champ de représentation. Brian Percival parsème son film des topoï, incarnés ou spatiaux, des images de la guerre, sans jamais tenter de remettre en cause le système de circulations de ces clichés cinématographiques ou même les grands cadres de ces derniers. Nous sommes donc en Allemagne à la fin des années 1930 et nous suivons une jeune adolescente, Liesel (quoi de de plus émouvant que le regard enfantin ?), placée en pension chez un couple dans une ville proche de Munich. On comprend rapidement que la mère de Liesel est communiste et que, malgré les espoirs de Liesel, elle a été exécutée par la SS. De la Nuit de Cristal à la Libération, Liesel va se plonger dans une bibliophilie (qui reste totalement anecdotique à l’écran) lui permettant de supporter les secrets, les violences et la peur de la mort imminente. Soyons durs : nous avons une orpheline, un père adoptif adorable et sensible, une mère adoptive revêche mais bienveillante… et les Nazis ! Il est si facile dans l’esprit de certains cinéastes d’accepter le nazi comme symbole du mal absolu et indépassable en fiction qu’ils ne prennent même plus la peine d’un minimum de mise en scène contextuelle, de peinture des protagonistes et de soin des lignes narratives.
Papa Schultz et des larmes
De fait, Percival n’a mis l’accent que sur un canevas de film historique : les grands méchants d’une histoire marquante (les nazis cruels qui brûlent des livres, aiment leur matraque et hurlent en permanence), les gentils modestes englobés malgré eux dans une tragédie qu’ils surmontent avec courage et moralité (une petite fille intelligente, un couple qui protège leur ami juif Max et des voisins terrorisés) et un pays des années 1930 et 1940 dont on ne perçoit que le fantasme contemporain fictionnel. Le traitement du langage est tout à fait à l’image de ces facilités : les acteurs anglais parlent anglais, mais de temps à autres, la langue allemande se laisse entendre ‑au travers d’une conversation lointaine, d’un hymne‑, comme un élément de rappel réaliste, un simple décor sonore inévitable dans la peinture du barbare. Les teintes chromatiques, souvent grisâtres, rappellent également l’ancrage des mises en scène simplettes de la temporalité historique qui veulent se donner des airs d’archive. L’idée même qu’il suffit finalement d’une couleur livide pour représenter le passé montre à quel point les réalisateurs comme Brian Percival se soucient peu des enjeux cinématographiques, préférant l’assemblage de petits points de reconnaissance et la reproduction de codes sur-alimentés par les fictions historiques sur grand et petit écran que la création d’une œuvre unique, réfléchie. Plus qu’un auteur, Brian Percival montre ici ses talents de répétiteur. Il s’est contenté de faire de cette Voleuse de livres un agglomérat de performances et de caractères attendus, feignant l’envolée lyrique derrière la certitude d’avoir trouvé une bonne recette.