La vraie vie est ailleurs

La vraie vie est ailleurs

de Frédéric Choffat

  • La vraie vie est ailleurs

  • Suisse2006
  • Réalisation : Frédéric Choffat
  • Scénario : Frédéric Choffat, Julie Gilbert, avec la collaboration des comédiens
  • Image : Séverine Barde
  • Montage : Cécile Dubois
  • Musique : Pierre Audetat
  • Producteur(s) : Pauline Karli Gygax, Max Karli
  • Production : Rita Productions
  • Interprétation : Antonella Vitali, Roberto Molo, Jasna Kohoutova, Dorian Rossel, Sandra Amodio, Vincent Bonillo...
  • Distributeur : Jour2fête
  • Date de sortie : 7 janvier 2009
  • Durée : 1h24

La vraie vie est ailleurs

de Frédéric Choffat

Trois vies, trois voies, zéro direction


Trois vies, trois voies, zéro direction

La méfiance est de mise quand un film prend soin de signifier, dès les premières secondes, son caractère expérimental, tel un forain qui ferait l’énoncé complet de son prochain numéro et en éventerait ainsi tout le mystère. L’effet d’annonce de La vraie vie est ailleurs, premier long métrage du Suisse Frédéric Choffat, c’est ce plan-séquence inaugural (figure ostensible s’il en est, mais on est loin des intentions artistiques d’un Welles ou d’un De Palma) qui, en embrassant les trois personnages dans un même lieu, s’attache à pointer comme au marqueur les pièces de son dispositif. Lequel s’énonce rapidement dans sa totalité, immuable comme un mode opératoire d’un problème de sciences physiques. Soient trois individus partant en même temps de la gare de Genève dans trois trains de nuit à des destinations divergentes. Les trois voyages suivis en montage alterné, chacun des personnages fera, dans son train ou à l’arrivée, une rencontre spécifique qui l’amènera à reconsidérer sa vie présente. Heure du bilan : pile à l’aube, forcément.

Maigre bilan, en fait. Qu’on prenne ces trois parcours comme des expériences distinctes ou comme un tout porteur de sens, on voit mal ce qui a pu motiver cet assemblage, tant il n’en ressort que son caractère artificiel et celui du propos qu’il se cherche sur le désir qu’aurait tout un chacun d’infléchir le cours de son existence. Le compartimentage thématique soigneux des cas de figure — à chaque voyage son sujet — évoque aussitôt le montage de trois courts métrages similaires en un seul (le film a d’ailleurs été tourné comme tel), chacun des courts s’efforçant d’avoir quelque chose à dire. Problème : ce quelque chose tend trop souvent à aller au plus vite pour s’exprimer, quitte à user du cliché. Un jeune papa sera tenté par la vie de bohème ? Le film lui fait rencontrer une jolie brune d’Europe centrale costumée en gitane qu’on croirait sortie d’un logo de paquet de cigarettes. Sur un autre trajet, la rencontre entre une scientifique à cran et un bel inconnu (le volet le moins raté) touche assez juste dans sa description de la valse-hésitation étouffante entre les deux possibles amants, mais perd de sa subtilité dès que les crises intérieures doivent se résoudre. Enfin, la confrontation entre une voyageuse suisse partant en vacances en Italie et un contrôleur italien invivable (et peu crédible dans ses abus) fantasmant sur la qualité de vie des Suisses donne lieu à une longue phase de comédie de cohabitation balourde pour se conclure par une séance d’explication convenue sur le rapport à ses racines et à l’étranger.

Frédéric Choffat n’est peut-être pas dénué d’une certaine sensibilité à l’intime (comme le laisse supposer sa caméra qui se prend à guetter les mouvements des mains de ses personnages en proie au doute). Mais l’application froide et sans vraies idées de son programme vainement sophistiqué, pour mettre en scène des situations réduites au plus grossier dénominateur commun, discrédite sérieusement ses velléités de discours sur le réel.

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