Ladygrey

Ladygrey

de Alain Choquart

  • Ladygrey

  • France, Afrique du Sud, Belgique2014
  • Réalisation : Alain Choquart
  • Scénario : Alain Choquart, Laurence Coriat
  • d'après : les romans Une rivière verte et silencieuse et La Dernière Neige
  • de : Hubert Mingarelli
  • Image : Nigel Bluck
  • Décors : Birrie Le Roux
  • Costumes : Pierre Viennings
  • Son : Marc Engels, Marc Bastien, David Vranken, Luc Thomas
  • Montage : Pierre Haberer
  • Musique : Peter von Poehl
  • Producteur(s) : Bertrand Faivre
  • Production : Le Bureau, Moonlighting Films, Artémis Productions
  • Interprétation : Peter Sarsgaard (Samuel), Jérémie Renier (Mattis), Emily Mortimer (Olive), Claude Rich (Henri), Liam Cunningham (Angus), Jude Foley (Waldo), Sibongile Mlambo (Estelle), Aura Msimang (Mme Borgman), Andrian Mazive (Duma)...
  • Distributeur : Rezo Films
  • Date de sortie : 6 mai 2015
  • Durée : 1h49

Ladygrey

de Alain Choquart

Qui trop brasse mal étreint


Qui trop brasse mal étreint

Premier long-métrage réalisé par Alain Choquart, auparavant chef opérateur chevronné (notamment pour Bertrand Tavernier), Ladygrey est l’adaptation de deux romans d’Hubert Mingarelli transportés dans la même région d’Afrique du Sud, au voisinage d’une mission française au pied des montagnes. Difficile de ne pas voir dans cette double origine une explication à la multiplicité des personnages, entre lesquels le récit lutte pour ne pas se perdre. Pourtant, la communauté disparate qui peuple ce film choral se trouve bien rassemblée par quelque chose — et pas seulement l’événement du passé dont peu osent parler et qui sera mis au jour. Chacun, noir ou blanc, rumine chacun à sa manière les fantômes de l’apartheid pourtant aboli. Chacun, surtout, apparaît très tôt porté par une aspiration, un désir, un objectif, fût-il dérisoire : un travail pour assurer le bien-être d’un fils ; l’autonomie sociale ; la vérité ; un aigle pêcheur à élever, etc. Celui qui s’efforce le mieux de dissimuler ce qui l’anime intérieurement derrière une apparence monolithique, c’est le propriétaire terrain du coin, un Afrikaner de la vieille école dont on apprend que la politique de réconciliation menée par le président Mandela (amnistie contre confession) concernant les crimes racistes commis sous l’ancien régime est tombée à pic pour cet homme.

Vrais enjeux, fausse tension

N’avons-nous pas là tous les éléments d’un thriller de la mémoire refoulée, comme une bombe prête à exploser sous le choc des désirs et des traumatismes ? Et pourtant, la pression a beau monter comme il se doit à la faveur de signes annonciateurs (dégradation de la météo, attaque de prédateurs sur les troupeaux, tension sexuelle, échecs mal vécus), c’est un pétard mouillé qui fait long feu à l’écran. On y voit un effet pervers du choix technique fait par Choquart pour brasser cette multitude de destins : un montage parallèle très serré prenant soin de passer continuellement de l’un à l’autre. Le procédé en lui-même ne pose aucun problème mais ce serrage de son exécution, péchant sans doute par maladresse, a le défaut d’imposer une tension artificielle et continue sur tout le long métrage. D’où deux conséquences : tous les événements se trouvent nivelés à la même tension dramatique moyenne, sans que les variations d’importance et d’enjeux puissent vitaliser l’ensemble et susciter un sincère intérêt ; plus gênant, les cuts réguliers entre séquences créent un faux rythme où à chaque fois une attente différente se prolonge sans qu’on soit sûr qu’elle s’intensifiera à la séquence suivante. Le résultat est paradoxal : on passe près de deux heures à attendre qu’il se passe quelque chose, alors même que des événements d’une certaine importance se produisent (comme la mise au jour explicite du traumatisme passé), faute d’un regard faisant la part des choses entre les enjeux de telle scène ou de tel parcours de personnage.

On devine bien que Choquart considère son récit comme le brassage d’un tout, où l’histoire nationale, la lutte d’un simple d’esprit pour son autonomie, les attentes des pères et des fils, un couple en crise, les espérances sociales, les tentations sexuelles et même les manifestations de la nature convergeraient vers un sens et un discours commun, global. Mais les choses ne sont pas si simples, et face aux obstacles Ladygrey se disperse au détriment de sa consistance. Et quand, au bout de ces récits laborieusement croisés, le film choisit de se conclure sur l’état d’un couple où plane le soupçon d’adultère dans les deux sens, on se dit qu’il a dû passer à côté de son sujet — et de ses sujets.

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