Le Beau-Père

Le Beau-Père

de Nelson McCormick

  • Le Beau-Père
  • (The Stepfather)

  • États-Unis2009
  • Réalisation : Nelson McCormick
  • Scénario : J.S. Cardone
  • d'après : le film Le Beau-Père
  • de : Joseph Ruben (scénario : Donald E. Westlake, Carolyn Lefcourt, Brian Garfield)
  • Image : Patrick Cady
  • Montage : Eric L. Beason
  • Musique : Charlie Clouser
  • Producteur(s) : Greg Mooradian, Mark Morgan, Robert O. Green, Guy Oseary
  • Interprétation : Dylan Walsh (David Harris), Sela Ward (Susan Harding), Amber Heard (Kelly), Penn Badgley (Michael Harding)...
  • Date de sortie : 9 décembre 2009
  • Durée : 1h41

Le Beau-Père

de Nelson McCormick

La peur pour les nuls


La peur pour les nuls

C’est maladif. La jeune génération semblant, tout du moins aux yeux des professionnels de l’exploitation, incapable de faire l’effort de voir un film plus vieux qu’elle, nous voici encore un remake d’un « classique » des années 1980, remis au goût du jour à des fins purement mercantiles. Qu’on se rassure cependant, il ne s’agit pas de celui de Beau-Père, le sulfureux film de Bertrand Blier, mais du remake d’un film d’exploitation de la veine « serial-killer » américaine. Peut-être pas très intéressant à l’époque, beaucoup moins aujourd’hui.

Pas très intéressant, c’est vite dit, à bien y réfléchir. Les années 1980 ont eu cela de stimulant, pour les amateurs de série B, de voir l’explosion des tabous les plus divers au cinéma, encouragée par le caractère confidentiel de l’exploitation cinéma de nombreux films, destinés avant tout à la diffusion vidéo. Et donc, ont eu lieu quelques intéressantes expérimentations de subversion des tabous. La recette est simple : jusqu’où peut-on aller dans la violence avérée ou suggérée, en termes de vecteur et de destination ? La violence graphique demeurant sa propre justification, c’était sur ces deux aspects que devaient porter la réflexion, et de cette réflexion, de la profusion inédite d’assassins et de moyens étonnants, est sorti un constat troublant, pour la société américaine de ces années-là : nul n’est en sécurité nulle part.

Les manifestations les plus évidentes d’un quotidien normal se trouvaient ainsi devenir menaçantes, signe certain d’un renforcement de la peur de l’autre. Le Beau-Père, sous couvert de tenter de poursuivre la franchise globale qui voyait partout des serial-killers potentiels, et donc de la rentabilité commerciale, est un exemple intéressant d’une idée subversive noyée par le discours mercantile. Nous y suivons donc le parcours d’un assassin aux motivations peu communes : désirant trouver la famille parfaite, il ne peut s’empêcher de faire montre d’une terrible violence dès qu’il s’agit de ramener un enfant récalcitrant ou une belle-sœur trop curieuse dans le droit chemin, allant rapidement jusqu’au meurtre — une pente glissante où un assassinat en amène vite plusieurs autres.

À l’époque où la famille recomposée devient réellement acceptée, reprendre ce concept a de quoi susciter l’intérêt. Qui donc est notre assassin ? Au nom de quelle morale agit-il ? Comment se confronte t‑il au phénomène social des familles recomposées — s’en sert-il à ses fins de croisade morale meurtrière ? Il aurait fallu de l’audace et de l’envergure pour faire de ce Beau-Père 2009 autre chose qu’une baudruche d’exploitation, à l’horreur atténuée afin d’éviter au maximum la censure sur les circuits commerciaux. Non que l’original ait, lui non plus, saisi la chance d’aborder un discours autre que purement premier degré — mais l’indigence artistique de ce remake frappe malgré tout par son intensité.

La figure ténébreuse de ce Croisé de la Famille est donc atténuée par l’imbécillité frappante de son comportement : accusé — à raison — par une vieille commère d’être l’un des hommes les plus recherché des États-Unis, notre beau-papa ne va pas laisser couler, comme il eût été juste face à une telle rombière, mais va régler son compte à la brave dame, se mettant ainsi en danger. Le personnage ne s’arrêtera pas là : toutes les opportunités de se mettre en situation de risque seront ainsi saisies avec une désespérante constance. Pourquoi ? Tout simplement parce que Le Beau-Père ne s’embarrasse aucunement de vraisemblance, ou de satisfaire un auditoire un tant soit peu exigeant. Il s’agit juste de procurer de l’effet. Deux effets, pour tout dire : le premier, la peur, est annihilé par l’ineptie du personnage ; le second, l’effet « libido », est assuré par la blondinette Amber Heard, dont la constance à se balader en bikini résolument trop petit pendant une bonne partie du film force l’admiration.

Ni humour, ni talent, ni subversion, ni discours : Le Beau-Père se révèle n’être rien de plus qu’un film pop-corn dans le plus mauvais sens du terme, symptôme d’un ordre moral de plus en plus présent dans le cinéma américain, où l’effet — ici bien anodin — remplace définitivement le sens. Qu’on nous réponde qu’un tel film n’a justement pas vocation à faire grand-chose de plus ! Au moins, pour bancales, roublardes, fauchées qu’elles aient été, les séries B des années 1980 pouvaient autant se lire comme des simples machines à effets, que, plus souterrainement, comme une expression de la tentative de leur public de se réapproprier le monde — pour le meilleur ou pour le pire. Ce que nous dit ce Beau-Père, c’est que le monde reste à la porte de la salle de projection, en compagnie du cerveau de son public. Dommage pour eux, dommage pour nous.

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