Le Cercle

Le Cercle

de Stefan Haupt

  • Le Cercle
  • (Der Kreis)

  • Suisse2014
  • Réalisation : Stefan Haupt
  • Scénario : Stefan Haupt, Christian Felix, Ivan Madeo, Urs Frey
  • Image : Tobias Dengler
  • Costumes : Catherine Schneider
  • Son : Ingrid Städeli
  • Montage : Christoph Menzi
  • Musique : Federico Bettini
  • Producteur(s) : Ivan Madeo, Urs Frey
  • Interprétation : Matthias Hungerbühler (Ernst Ostertag), Peter Jecklin (Max), Martin Hug (commissaire Baumgartner), Aaron Hitz (Willi Öttli), Marianne Sägebrecht (Erika)
  • Distributeur : Outplay
  • Date de sortie : 4 mars 2015
  • Durée : 1h42

Le Cercle

de Stefan Haupt

Objet militant


Objet militant

Sous la forme d’un documentaire-fiction qui mêle images d’archives, photographies, témoignages face caméra et scènes reconstituées, Le Cercle entend rendre hommage au milieu interlope et au militantisme homosexuel dans le Zurich des années 1950. À l’heure où, en Europe, l’avancée en matière de mariage, d’adoption ou de pénalisation de l’homophobie se heurte à la radicalisation des opposants à l’égalité des droits (restriction de la liberté d’expression en Russie, manifestations importantes en France, etc.), le projet de Stefan Haupt semble vouloir faire œuvre d’utilité publique en rappelant qu’en des temps pas si lointains que cela, la communauté homosexuelle était condamnée à la plus grande clandestinité : que ce soit dans le cercle familial ou dans l’exercice d’une profession, les hommes (majoritairement représentés ici) devaient assumer une double vie leur permettant par ailleurs de faire des rencontres, d’exprimer ou de partager des idées. C’est dans le cadre de cette nécessité que s’est constitué le Cercle, groupe né au cours des années 1930 à l’initiative de l’acteur Karl Meier qui utilisait alors le pseudonyme de Rolf. Alors qu’à cette époque, les nazis persécutaient les homosexuels, les plus chanceux trouvèrent refuge en Suisse allemande où la relative tolérance des années d’après-guerre favorisa les échanges entre communautés étrangères.

Didactisme et cinéma ne font pas bon ménage

Il est difficile de ne pas louer les motivations d’un tel projet, surtout lorsqu’il permet d’appréhender les enjeux sociétaux qui ont conduit un groupe d’individus à faire de leurs attirances une identité à part entière qui, quelques années plus tard et notamment à partir de 1968, allait devenir la colonne vertébrale d’un nouveau mouvement politique. Seulement, on a parfois le sentiment que le réalisateur ne choisit pas vraiment entre la petite et la grande histoire, empêché par la profusion des documents d’archives de personnaliser davantage son propos. Ainsi, l’affirmation d’un discours ou la naissance d’idées nouvelles sont souvent limitées à quelques exemples littéraires (l’existentialisme dans lequel on range sans nuance Albert Camus) et prises de positions politiques (le mariage ? quelle drôle d’idée !) qui donnent le sentiment d’un projet qui ne parvient jamais à restituer l’essence d’une époque mais se limite à la commenter sous un angle trop contemporain. Preuve en est le meurtre d’un membre du Cercle, qualifié dans la partie fictionnelle se déroulant en 1956 d’homophobe par la Police alors que le terme n’est apparu pour la première fois qu’en 1969 dans une revue pornographique anglo-saxone.

Instantané

Malgré l’intervention d’un vieux couple d’hommes qui s’est autrefois rencontré dans le cadre du Cercle et qui n’est pas avare d’anecdotes sur les moyens employés par leur magazine de contourner la censure, le film peine à proposer autre chose qu’une juxtaposition de vignettes et d’instantanés. Si la fiction peut sembler la partie la plus ambitieuse sur le plan formelle (on peut en effet parler de mise en scène, à la différence des entretiens face caméra qui rappellent certains documentaires télévisuels diffusés sur Arte), elle ne propose malheureusement pas plus qu’une illustration des drames quotidiens auxquels les homosexuels étaient exposés : peur d’être découverts, interrogatoires humiliants, chantages, menaces physiques, etc. La lumière un peu blafarde et l’ambiance un peu ouatée peut faire penser par moments aux artifices de mise en scène de Fassbinder. Seulement, le réalisateur allemand tissait autour de la passion incandescente de ses personnages un rapport au monde qui faisait de leurs moindres faits et gestes un acte politique. On en est malheureusement beaucoup trop loin ici.

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