© Carlotta Films
Le Festin de Babette

Le Festin de Babette

de Gabriel Axel

  • Le Festin de Babette
  • (Babettes Gæstebud)

  • Danemark1987
  • Réalisation : Gabriel Axel
  • Scénario : Gabriel Axel
  • d'après : la nouvelle Le Festin de Babette
  • de : Karen Blixen
  • Image : Henning Kristiansen
  • Montage : Finn Henriksen
  • Musique : Per Nørgård
  • Producteur(s) : Just Betzer, Bo Christensen
  • Interprétation : Stéphane Audran (Babette Hersant), Bodil Kjer (Filippa), Birgitte Federspiel (Martine), Jarl Kulle (le général Lorens Löwenhielm), Jean-Philippe Lafont (Achille Papin)...
  • Distributeur : Carlotta Films
  • Date de sortie : 12 décembre 2012
  • Durée : 1h42

Le Festin de Babette

de Gabriel Axel

Nourritures spirituelles


Nourritures spirituelles

Avant de passer sur grand écran, Le Festin de Babette est avant tout la fameuse nouvelle signée par Karen Blixen, la même qui, un an plus tôt, était célébrée à titre posthume par Hollywood pour l’adaptation réussie d’Out of Africa par Sydney Pollack. Il n’y a donc rien de surprenant à ce que, de l’autre côté de l’Atlantique, l’autrice ait intéressé également les coproductions européennes. La sanction fut la même : le film du réalisateur danois Gabriel Axel remportera également l’Oscar tant convoité du meilleur film étranger. Pourtant, la proposition formelle est ici bien éloignée du lyrisme romantique du réalisateur de Nos plus belles années à qui les mélodrames sophistiqués ont toujours plutôt réussi. Sans pour autant caricaturer la sécheresse de ses concitoyens les plus connus (on est ici à mille lieues de Dreyer), Gabriel Axel est néanmoins dans une certaine forme d’économie qui sied plutôt bien à l’austérité du propos. Ici, l’ampleur se déploie sous le poids des mots, l’image s’axant – sans pour autant être illustrative – sur la qualité d’un texte dont la littéralité est pleinement assumée par la voix off. Encore une fois, elle n’a rien à voir avec celle d’Out of Africa où la force du souvenir prenait le pas sur tout autre sentiment, affectant à chaque seconde le regard du spectateur.

L’histoire est bien connue : Babette, une femme française (magnifiquement incarnée par Stéphane Audran), débarque sur une île danoise rendue aride par les vents glacés venus du nord. Sans ressources, elle est accueillie par deux sœurs, deux vieilles filles qui se sont refusées aux plaisirs de l’art et de l’amour, guidées par une sorte d’abnégation nourrie par un père religieux et autoritaire. Autour d’elles, c’est cette même sécheresse qui domine : la population du village s’est coupée de ses désirs, vivant tant bien que mal dans un environnement où le gris règne en maître, comme si la nature n’était elle-même plus en mesure de se régénérer. Dans ce conte vaguement anxiogène, l’enfantement n’est plus une donnée possible, la continuité semble vouée à l’échec. C’est dans ce contexte difficile qui entame la foi de chacun que Babette, cuisinière appréciée de tous, décide d’employer l’argent qu’elle a gagné à une loterie pour offrir un vrai festin à ses voisins. Au refus de la chair vient donc répondre le plaisir de la bouche, ainsi présenté comme une respiration dans des existences ternes qu’aucune éclaircie ne vient adoucir.

La belle réussite de Gabriel Axel vient de cette juste distance que la caméra tient du début à la fin. Sans apitoiement, le réalisateur esquive le portrait à charge d’une société archaïque pour n’en retenir que des archétypes tout droit sortis d’un conte pour enfants. Avec humanité, la caméra est caressante sans être impudique et laisse imaginer ce que chaque personnage a pu laisser derrière lui. Du passé de chacun, nous ne savons finalement rien, si ce n’est ces quelques flash-backs joliment surannés qui viennent expliquer l’isolement progressif de ces deux vieilles sœurs à qui la vie avait pourtant décidé de sourire. La temporalité toute particulière qui se dégage du Festin de Babette le tient éloigné d’un académisme illustratif. Sous la toile figée dans le passé, quelque chose vibre encore. C’est vers ce point de vie que le film se dirige entièrement, ce festin annoncé dans le titre qui ramène chacun dans son présent. Le plaisir alors éprouvé semble rompre le sortilège d’un embaumement avec lequel le réalisateur joue avec sobriété.

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