© Arte France Cinéma
L’Engloutie

L’Engloutie

de Louise Hémon

  • L’Engloutie

  • France2025
  • Réalisation : Louise Hémon
  • Scénario : Louise Hémon, Anaïs Tellenne
  • Image : Marine Atlan
  • Décors : Anna Le Mouël
  • Son : Elton Rabineau
  • Montage : Carole Borne
  • Musique : Emile Sornin
  • Producteur(s) : Margaux Juvénal, Alexis Genauzeau
  • Production : Arte France Cinéma
  • Interprétation : Galatea Bellugi (Aimée), Matthieu Lucci (Énoch), Samuel Kircher (Pépin), Sharif Andoura (Le père de Pépin)...
  • Distributeur : Condor Distribution
  • Date de sortie : 24 décembre 2025
  • Durée : 1h37

L’Engloutie

de Louise Hémon

L’ordinaire enseveli


L’ordinaire enseveli

Louise Hémon, repérée pour ses documentaires et comme metteuse en scène de théâtre, réalise avec L’Engloutie son premier long-métrage, sélectionné à la Quinzaine des cinéastes au dernier Festival de Cannes. Tout débute ici par une friction entre deux mondes : en 1899, une jeune institutrice laïque et républicaine, Aimée (Galatea Bellugi), débarque dans un hameau inhospitalier des Hautes-Alpes pour faire l’école à une poignée d’enfants. Le film creuse son versant sociohistorique en esquissant le portrait de la petite communauté montagnarde à travers le regard de la jeune femme : Aimée, investie dans sa mission éducative, se fond peu à peu dans le groupe, assistant notamment aux veillées au coin du feu, où l’on écoute les récits légendaires et superstitieux des anciens. Une nuit de fête, elle séduit un jeune homme dont la disparition, qui reste hors champ, marque un tournant dramaturgique. Les jolis plans pris dans le blizzard, que la cinéaste multiplie avec une pointe de complaisance, ne laissent presque aucun doute quant au sort tragique du personnage (dont on suppose que le corps devrait réapparaître au printemps), mais l’incertitude entretenue sur les causes de sa volatilisation encourage simultanément l’excommunication de la jeune femme (les soupçons se portent petit à petit sur elle) et le basculement du récit.

Dans la deuxième partie du film, Aimée se retrouve submergée par ce que l’on comprend être des phénomènes pulsionnels en rapport avec la vallée : les soirs d’avalanche, marqués par des pics de libido, deviennent pour elle la caisse de résonance de ses émois charnels. Par cette manière de lier les forces de la nature à l’intériorité du personnage, Louise Hémon installe – sans jamais l’explorer tout à fait – la dimension fantastique et horrifique de son film. Tout en conservant une part d’étrangeté, cette incarnation du désir féminin s’égare hélas dans une forme trop scindée entre sa veine documentaire et les accents irrationnels du conte. En jouant dans sa seconde partie sur plusieurs tableaux à la fois (fantastiques, sentimentaux et féministes), le film finit même par verser dans une sursignification en contradiction avec son apparent mystère (Aimée devient, in fine, une sorte de veuve noire sévissant dans les parages, figure diamétralement opposée à celle de l’institutrice bienfaitrice qu’elle incarnait à son arrivée). L’Engloutie séduit davantage dans ses premières scènes par le sérieux avec lequel il se frottait à la matérialité de son environnement âpre et ancestral, de l’observation des coutumes villageoises à la restitution du dialecte vivaro-alpin. Se détachent ainsi quelques séquences de reconstitution paysanne, comme celle où la caméra capte, dans un clair-obscur, le « faire gauchette », sorte de jeu où l’on mange un morceau de pain trempé dans de la gnôle et qui est ensuite enflammé. Le film n’est jamais meilleur que lorsqu’il s’en tient à cette sécheresse documentaire, qui joue notamment d’un contraste entre l’aveuglante blancheur des jours et la sous-exposition des plans nocturnes. Dommage toutefois qu’il se détourne de cette veine pour privilégier un imaginaire au symbolisme appuyé.

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