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Les Belles créatures

Les Belles créatures

de Guðmundur Arnar Guðmundsson

  • Les Belles créatures

  • Islande, Danemark2h30
  • Réalisation : Guðmundur Arnar Guðmundsson
  • Scénario : Guðmundur Arnar Guðmundsson
  • Image : Sturla Brandth Grøvlen
  • Son : Jan Schermer
  • Montage : Andri Steinn Gudjónsson, Anders Skov
  • Musique : Kristian Eidnes Andersen
  • Production : Join Motion Picture, Bastide Films, Film i Väst, Hobab, Motor, Negativ
  • Interprétation : Birgir Dagur Bjarkason (Addi), Áskell Einar Pálmason (Balli), Viktor Benóný Benediktsson (Konni), Snorri Rafn Frímannsson (Siggi)...
  • Distributeur : Outplay Films
  • Date de sortie : 25 septembre 2024

Les Belles créatures

de Guðmundur Arnar Guðmundsson

Sans éclaboussures


Sans éclaboussures

En 2013, Xavier Dolan réalisait un clip estampillé « choc » pour Indochine. Leur titre « College Boy » accompagnait une succession d’images au style sulpicien (entre le noir et blanc et les nombreux ralentis) pour dénoncer le harcèlement scolaire, avec comme acmé une crucifixion dans une cour de récréation. S’il serait sans doute excessif d’en faire une matrice esthétique, on voit pourtant, depuis une dizaine d’années, un certain nombre de cinéastes habitués des grands festivals internationaux (Lukas Dhont, exemplairement) mâtiner cette même brutalité adolescente d’une joliesse standardisée. Présenté dans la section Panorama du festival de Berlin, Les Belles Créatures, deuxième long-métrage de l’islandais Guðmundur Arnar Guðmundsson, fait redouter dans ses premiers instants cet entrelacement systématique de violence apprêtée et de lyrisme clipesque. Par l’entremise de la voix-off d’Addi, un garçon de 14 ans, le film nous fait découvrir le quotidien de sa bande agitée. Le personnage prend sous son aile un nouveau venu, souffre-douleur renfermé sur lui-même, dont il se rapproche de plus en plus. Tous les deux se tiennent légèrement en retrait des autres au cours de leurs journées d’errances bagarreuses et illicites, où ils arpentent sans surveillance un environnement désolé.

Avec son goût affecté du flou, ses images à la poésie générique (des rideaux transparents qui flottent dans le vent ; de puissants rayons de soleil traversant les feuilles des arbres), la mise en scène, au service d’un programme aussi doloriste que misérabiliste, paraît d’abord manquer de relief. Le film finit toutefois par convaincre davantage lorsqu’il s’attarde sur chaque membre de la bande, pour prendre le temps de mieux les caractériser. C’est notamment le cas des scènes focalisées sur Konni, le plus incontrôlable et agressif (on le surnomme « l’animal »), dont le goût pour la destruction gratuite apporte un peu de rugosité à l’approche trop ouvragée de l’ensemble. C’est lui qui porte la bascule romanesque et amère de l’intrigue, qui voit Addi prendre progressivement conscience de son décalage par rapport à cette virilité toxique. La belle idée du scénario est de mêler cette maturation à un argument discrètement fantastique : l’adolescent se découvre progressivement un don de voyance. Ses rêves prémonitoires colorent la mise en scène de visions plus singulières, en particulier celle d’un spectre brumeux surgissant à plusieurs reprises. Guðmundsson fait preuve d’une certaine inventivité dans cette veine onirique rehaussant des éléments prosaïques d’une portée fantastique : un oiseau géant se révèle être en vérité un nuage à la forme étrange ; des antagonistes sont animalisés par des sons ou des détails (un tatouage dans le dos) ; l’eau d’une vision vient petit à petit se refléter de manière surnaturelle sur les murs décrépis d’une maison vétuste.

Ce versant du film creuse par ailleurs un horizon de conte assez explicite – en témoigne un personnage de beau-père sorti de prison, que la mise en scène dépeint comme une sorte d’ogre par une série d’effets (des sons bestiaux, la manière dont son corps écrase le cadre, etc.). Commence alors à poindre une dimension presque grotesque mais qui reste inexploitée, Guðmundsson lui préférant une atmosphère un peu trop schématiquement pesante. Face à la brutalité des personnages, on pourrait croire le titre ironique ; il ne l’est en réalité aucunement. Si le film, par sa peinture d’un groupe qui se délite et la mise en scène de violence sexuelles, fait parfois penser à Spetters, il lui manque la frontalité teintée d’ironie et d’ambivalence dont témoigne Verhoeven. Là où Spetters signifiait à la fois « éclaboussures » et « beaux gosses », les « belles créatures » finissent ici rattrapées par cette tentation enjoliveuse que l’on redoutait initialement. En ce sens, le titre original – Berdreymi (« cauchemar » en islandais) — ne lui convient pas beaucoup mieux. Le romanesque du film, qui contrebalance un peu sa complaisance, demeure timoré : en épousant le point de vue d’Addi, le récit se teinte certes de fantastique, mais aussi de la « normalité » du personnage (qu’il confesse de lui-même au détour d’une pensée retranscrite par la voix off). Le film en tire à la fois sa force et sa faiblesse : une belle sensibilité adolescente, mais qui reste un peu trop sage.

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