Les Deux Mondes

Les Deux Mondes

de Daniel Cohen

  • Les Deux Mondes

  • France2007
  • Réalisation : Daniel Cohen
  • Scénario : Daniel Cohen, Jean-Marc Culiersi
  • Image : Laurent Dailland
  • Montage : Catherine Kelber
  • Musique : Richard Harvey
  • Producteur(s) : Benoît Jaubert, Mathieu Kassovitz
  • Interprétation : Benoît Poelvoorde (Rémy Bassano), Nathacha Lindinger (Lucile), Michel Duchaussoy (Mutr Van Kimé), Daniel Cohen (Rimé Kiel), Pascal Elso (Serge Vitali), Arly Jover (Delphine), Augustin Legrand (Zotan / Kerté), Mathias Mlekuz (Bali), Zofia Moreno (Cara), Stefano Accorsi (Antoine Geller)
  • Distributeur : Gaumont Distribution
  • Date de sortie : 21 novembre 2007
  • Durée : 1h45

Les Deux Mondes

de Daniel Cohen

Le monde de la bêtise et de la médiocrité cinématographique


Le monde de la bêtise et de la médiocrité cinématographique

Un pauvre bougre mal dans sa peau, mal aimé, dindon de la farce, est propulsé par magie dans un monde parallèle où il devient le sauveur d’une tribu réduite en esclavage. C’est là qu’il prend conscience qu’il doit redresser la tête et prendre son destin en main. Une platitude sans aucune surprise ni proposition cinématographique devant laquelle on se frotte les yeux d’ahurissement. Une conclusion, devant Les Deux Mondes : la paresse et la bêtise ont encore de beaux jours devant elles.

Décidément (on s’en doutait déjà un peu), le nom et le talent comique de Benoît Poelvoorde ne parviennent plus à sauver un film. Sa gueule incroyable est si réjouissante dans la veine belge (C’est arrivé près de chez vous, Les convoyeurs attendent) ou dans le registre dramatique (la bonne surprise Entre ses mains d’Anne Fontaine), qu’on avait la naïveté de croire qu’elle tirerait une histoire improbable vers le haut du panier. Loin s’en faut ! Il n’y a tout simplement rien à sauver de ces Deux Mondes, si ce n’est le réalisateur, qu’on voudrait tirer de ce mauvais pas. Daniel Cohen, qui a pourtant travaillé avec les frères Larrieu et Arnaud Desplechin, nous pond ici un univers impitoyable pour le pauvre spectateur. Jugez plutôt : Rémy Bassano, un fade restaurateur d’œuvres d’art, mène une vie plate et sans ambition au milieu de sa femme et de ses deux enfants. Heureusement, dans un monde parallèle, un peuple inconnu opprimé par un immonde dictateur l’attend comme le messie. De la vraie science-fiction, avec effets spéciaux et créatures imaginaires, monstres et tutti quanti, et même tout un langage inventé… De la science-fiction surtout pour le spectateur, qui se frotte les yeux en se demandant comment une telle chose peut se prétendre film de cinéma.

Pour son deuxième long métrage, le réalisateur, qui est aussi dessinateur, a d’abord créé ce monde fantastique avec ses encres et ses pinceaux : Zotan, le tyran cannibale, sorte de géant dépenaillé et anorexique, les méchants soldats gardiens de son pouvoir et le village de Bégaméni, ville pseudo-médiévale aux habitants bêtes et crasses qui vivent sous la tutelle de Zotan. Certes, Daniel Cohen sait dessiner. Mais pour le passage à l’écran, rien ne nous aura été épargné : effets spéciaux « cheap », ridicule de certains Bégaméniens (Daniel Cohen se met lui-même en scène sous les traits de l’idiot du village), scènes de batailles fouillis et sans aucun intérêt… Enfin et surtout, l’idée de base du film et le scénario confinent, si ce n’est à la bêtise, au néant imaginatif. Parce que le héros se rend compte que dans une autre vie (un autre monde en l’occurrence) il peut devenir un roi adulé et non plus cet homme timide et effacé, il devient tout à coup un autre dans sa vie réelle, ce qui convainc sa femme de revenir vers lui après l’avoir jeté comme une vieille chaussette. Il y a de quoi être atterré par autant de pauvreté. En plus de cette nullité scénaristique, le personnage de Poelvoorde est profondément antipathique. Une fois passé dans l’autre monde, il devient lui-même dictateur. Le paroxysme est à son comble dans cette hallucinante scène au cours de laquelle Poelvoorde prend le commandement de ses troupes, vêtu d’un caleçon et d’une couette en guise de cape, et déploie une violence qui tombe comme un cheveu sur la soupe. Les personnages secondaires ne sont pas en reste : l’amant de la femme de Rémy, macho insupportable et lâche, Delphine, la belle inconnue grâce à laquelle Rémy réalise qu’il possède encore un pouvoir de séduction, la galerie des assureurs et avocats accablant le gentil restaurateur après l’inondation de son atelier, ou encore la famille du héros dans laquelle le pauvre homme est si peu considéré. On pleure devant aussi peu d’imagination.

Les Deux Mondes n’est pas une comédie (comment rire devant aussi peu de subtilité?), mais simplement un film d’une paresse intellectuelle et cinématographique abyssale. Parce que Benoît Poelvoorde est en tête d’affiche et que Mathieu Kassovitz a produit son film, Daniel Cohen espère-t-il voir les foules se précipiter voir ce navet ?

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