© Les Valseurs / Arizona Distribution
Les Éléphants dans la brume

Les Éléphants dans la brume

de Abinash Bikram Shah

  • Les Éléphants dans la brume
  • (Elephants in the Fog)

  • Népal, France, Allemagne, Brésil, Norvège2026
  • Réalisation : Abinash Bikram Shah
  • Scénario : Abinash Bikram Shah
  • Image : Noé Bach
  • Décors : Mausam Aggarwal
  • Montage : Andrew Bird
  • Producteur(s) : Anup Poudel, Michael Henrichs, Paul Zischler, Leonardo Luiz Mecchi, Verona Meier, Tatiana Leite
  • Production : Underground Talkies Nepal, Die Gesellschaft DGS, Les Valseurs, Jayantii Creations, Zischlermann Filmproduktion, Enquadramento Produções, Bubbles Project, Storm Films
  • Interprétation : Pushpa Thing Lama (Pirati), Deepika Yadav (Yoon), Jasmin Bishwokarma (Chameli)...
  • Distributeur : Les Valseurs / Arizona Distribution
  • Date de sortie : 23 septembre 2026
  • Durée : 1h47

Les Éléphants dans la brume

de Abinash Bikram Shah

Mécanique de la marge


Mécanique de la marge

Les Éléphants dans la brume dépeint une communauté méconnue, présente au Népal et dans certaines régions d’Asie du Sud : celle des kinnars, une minorité réunissant des personnes transgenres. Leur singularité tient à ce que cette identité ne relève pas seulement du genre, mais s’inscrit aussi dans des pratiques religieuses marquées notamment par le culte de la divinité hindoue Bahuchara Mata. Organisées en foyers communautaires, les kinnars forment ainsi un groupe hiérarchisé, au sein duquel les plus âgées jouent auprès des nouvelles venues le rôle de mères et de figures de transmission. Cette dimension spirituelle contribue à leur conférer une place paradoxale dans la société – leurs pouvoirs de bénédiction et de malédiction engendrent à la fois une forme de respect et de méfiance. Abinash Bikram Shah se focalise plus précisément sur Pirati, présentée comme l’une des figures maternelles les plus importantes de la communauté, dans un récit qui bascule brutalement à mi-parcours. D’abord mélodramatique, le film examine les tiraillements de Pirati, qui doit incarner un modèle pour les siens alors même qu’elle entretient secrètement une histoire d’amour avec un homme de la ville, ce qui entre en contradiction avec ses préceptes religieux. Les Éléphants dans la brume mute ensuite en thriller, avec la disparition de l’une de ses filles adoptives qui fait naître le soupçon d’un crime transphobe. Accompagnée de plusieurs de ses camarades, Pirati tente de convaincre une police réticente d’entreprendre des recherches et d’enquêter sur les hommes du village.

Ce récit en deux temps permet d’observer le fonctionnement de la communauté dans toute son ambivalence, notamment à travers le lien entre l’individu et le groupe. Dans la première partie, l’appartenance à ce collectif apparaît comme un poids pour Pirati, qui rêve de s’en affranchir en partant en Inde avec son amant ; dans la seconde, elle permet à ces êtres marginalisés de faire front face aux discriminations d’une société intolérante derrière sa bienveillance de façade. Abinash Bikram Shah dresse ainsi un portrait minutieux de ce groupe constituant autant un refuge (un espace de solidarité pour des marginaux) qu’un ghetto (les kinnars sont tolérées à condition d’être reléguées à la périphérie d’un village). Mais cette approche quasi sociologique marque peut-être aussi la limite des Éléphants dans la brume, dont les évolutions narratives tendent à produire un exposé des mécaniques d’ostracisation d’une minorité – chaque étape de l’enquête semble destinée à illustrer un nouvel aspect de la condition des kinnars. Si le film restitue leur manière d’évoluer et de négocier avec l’extérieur, il peine en définitive à accéder à leur intériorité et à la spécificité de leur rapport au monde – à ce titre, la question religieuse est sous-traitée et vite reléguée à un élément de décorum. La frustration est d’autant plus grande dans les dernières minutes, qui proposent une vision forte à la lisière du surnaturel et cette fois véritablement mystique. Mais s’il puise directement dans les croyances kinnars, le film se rabat alors sur une lecture symbolique et politique (la revanche des opprimés), faute d’avoir figuré la vie spirituelle des personnages.

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