Une forêt inquiétante, un tremblement de terre qui se produit à la nuit tombée, des individus prisonniers d’un étrange loft perdu dans les bois… Voici quelques-uns des nombreux mystères alignés consciencieusement dans la première partie des Guetteurs. Avec cette tentative d’instaurer une mécanique horrifique dont la logique est d’abord supposée nous échapper, Ishana Shyamalan s’inscrit dans les pas de son père (M. Night Shyamalan, ici producteur) et renvoie à plusieurs de ses films, notamment Le Village dont est reprise l’idée de tenir à distance une menace en respectant scrupuleusement un certain nombre de règles. Sauf que la formule se perd dans la constante énonciation verbale de ce qui se joue à l’écran : les mystères à résoudre et les réponses attendues donnent systématiquement lieu à de fastidieuses scènes de dialogues. Entre ces multiples pauses explicatives, les scènes de flashbacks et les retournements de situation, aucun trouble horrifique ne parvient réellement à émerger. Devant un tel remplissage, on en viendrait presque à oublier qu’il s’agit d’un huis clos.
Le film contenait pourtant quelques propositions intrigantes. On peut notamment relever cette rime visuelle entre la cage artificielle d’un oiseau et la prison naturelle que constituent les troncs d’arbres pour Mina (Datoka Fanning) ; ou encore la manière dont l’héroïne se rapproche souvent d’images au point d’entrer en contact avec elles, comme si elle cherchait à passer de l’autre côté. Ainsi de la confrontation avec son propre reflet dans un miroir, ou plus loin de la contemplation d’un être fantastique sur une tapisserie médiévale. Dans le premier cas, l’opacité de la surface en verre n’ouvre sur rien, tandis que dans le second, le contact de ses doigts avec le tissu provoque un beau raccord sur la silhouette numérique d’une créature. Cette traversée du miroir, liant l’étrangeté des corps stylisés de l’art médiéval à celle des effets spéciaux contemporains, se retrouve malheureusement ensevelie sous une succession de pistes thématiques à peine esquissées. En plus du surgissement de mythes ancestraux au sein du monde moderne, le film questionne tour à tour le transhumanisme, le rapport aux autres espèces, la téléréalité ou encore l’éthique de la science. Prisonnier de son propre bavardage, le film se retrouve ainsi condamné à beaucoup parler, le plus souvent pour ne rien dire.