Les Hauts Murs

Les Hauts Murs

de Christian Faure

  • Les Hauts Murs

  • France2008
  • Réalisation : Christian Faure
  • Scénario : Albert Algoud, Christian Faure
  • d'après : le roman Les Hauts Murs
  • de : Auguste Le Breton
  • Image : Jean-Claude Larrieu
  • Décors : Sebastian Birchler
  • Costumes : Christine Jacquin
  • Son : Jean-Pierre Fenie, Jean-Marc Lentretien
  • Montage : Jean-Daniel Fernandez
  • Musique : Charles Court
  • Producteur(s) : Pierre-Ange Le Pogam, Jean Nainchrik
  • Production : Septembre Productions
  • Interprétation : Émile Berling (Yves Tréguier), Guillaume Gouix (Blondeau), Carole Bouquet (la mère de Fil de fer), Julien Bouanich (Molina), Catherine Jacob (la directrice), Michel Jonasz (le directeur), Pascal Nzonzi (Oudie)
  • Distributeur : EuropaCorp Distribution
  • Date de sortie : 30 avril 2008
  • Durée : 1h35

Les Hauts Murs

de Christian Faure

Ni choristes, ni porte-plumes


Ni choristes, ni porte-plumes

Voici un film de facture très classique qui a le grand mérite de renverser totalement les représentations des années 1930 dans le cinéma français actuel : il semble ‑on en avait peu douté cependant- que l’avant-guerre ait aussi eu son lot de violence gratuite, de zones de non-droit et de lents progrès en matière d’éducation. Ce premier film ne révolutionne donc pas les cadres esthétiques mais se penche sur un pan noir de l’histoire française, et réveillera peut-être les réalisateurs aux tendances roses bonbon qui filment les jolis chanteurs à la croix de bois ou le bon temps de l’encrier de nos grands-mères.

Premier film de cinéma pour Christian Faure, Les Hauts Murs adapte le roman éponyme d’Auguste Le Breton, ancien « bagnard » d’une maison de surveillance pour mineurs, comme le fut en son temps Jean Genet. Les témoignages sortant de ces institutions cachées mais tolérées par les différents gouvernements depuis le XIXe siècle sont édifiants. En 1932, alors que la IIIe république est parfaitement installée et que les gouvernements se targuent de politiques éducatives progressistes, survivent les maisons d’éducation surveillée ‑qui deviendront les maisons de correction- dans une misère et une violence totales. Le film pose une question simple et essentielle, encore aujourd’hui aux vues de quelques débats : certaines personnes naissent-elles « avec le crime dans le sang » ? La réponse est évidente ; il s’agit donc d’étudier la façon dont ces enfants, livrés à eux-mêmes et surtout à la colère des surveillantes et des autres enfants, sont bloqués par la société dans une position de criminels.

L’idée est inhumaine stricto sensu, et absurde : la plupart des enfants de l’institution de Normandie n’ont rien fait pour arriver là. Ils sont orphelins de guerre, placés par des tuteurs, envoyés là par des parents peu regardants, peu aimants ou incapables de subvenir aux besoins de leur progéniture. Parmi le cortège d’ombres enfantines, Yves Tréguier, orphelin de Verdun, passe au début du film de l’orphelinat à la maison de surveillance. Il y découvre un monde sans foi ni loi, où les plus forts, les plus vieux, les plus dénonciateurs aussi, règnent en maîtres. Christian Faure assimile clairement le lieu à une prison : la lumière du jour, faible et passée, force de temps à autres un espace grillagé, gardé, verrouillé de l’intérieur. Il empêche tout espoir d’intégration à la société pour les mineurs, toute idée de droit. Partageant leurs journées entre des travaux forcés ‑l’éducation ne passe visiblement par l’alphabétisation‑, l’organisation militaire des repas, du lever et du coucher, Yves, Blondeau et Fil de Fer ont le temps de rêver à un piano, un voyage à New York… à la libération des rituels de surveillance et de méfiance.

D’un point de vue formel, le cadre, parfait, propret, a tout de l’académisme des Choristes ; on regrette parfois que l’agressivité de la prison soit davantage l’apanage de la musique et du son que celui de l’image. Reste que Christian Faure montre fort bien cette éducation à la violence qui s’est développée dans ces maisons : puisqu’il faut survivre, on n’hésite pas à humilier son voisin, on apprend l’individualisme et l’esprit de vengeance, la frustration. On apprend aussi que l’arbitraire peut exister dans des états démocratiques : au milieu des morceaux de bravoure un peu ridicules et des montages très carrés s’épanouissent enfin quelques moments d’une extrême sobriété ‑notamment dans le personnage, très réussi, de Blondeau, presque majeur et incapable de rester dans un rang aussi obsolète‑, quelques instants d’émotion aussi. Le jeune Émile Berling se sort très honorablement de son personnage d’Yves, et retranscrit avec pudeur le passage de l’innocence à la dureté.

S’inscrivant délibérément dans une lignée politique, Les Hauts Murs amorce une réflexion sur l’enfermement des mineurs, sur l’éducation au droit et au devoir, sur le fossé entre âge et peine juridique. Le film s’achève ainsi sur une note plus contemporaine, rappelant que ces institutions n’ont été fermées qu’en 1979, et que plusieurs projets de lois sur le statut pénal des mineurs tentent encore aujourd’hui de faire de l’enfant criminel un adulte soumis aux mêmes sentences, mais enfin, plus gravement, un criminel de naissance.

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