Les Irréductibles

Les Irréductibles

de Renaud Bertrand

  • Les Irréductibles

  • France2006
  • Réalisation : Renaud Bertrand
  • Scénario : Sébastien Thibaudeau, Marc Herpoux, Dominique Mérillon
  • Image : Marc Koninckx
  • Montage : Laurence Bawedin
  • Musique : Stéphane Zidi
  • Producteur(s) : Laurent Thiry, Géraldine Ioos-Combelles
  • Interprétation : Jacques Gamblin (Michel), Kad Merad (Gérard), Rufus (Edmond), Anne Brochet (Claire), Valérie Kaprisky (Laurence), Hélène Vincent (Jane), Édouard Collin (Philippe)
  • Date de sortie : 14 juin 2006
  • Durée : 1h45

Les Irréductibles

de Renaud Bertrand

Travail, Famille : partis


Travail, Famille : partis

Fraîchement débarqué du pays joyeux ou femmes flics intègres et bonnes sœurs high-tech combinent leurs efforts dans la quête de temps de cerveau humain, Renaud Bertrand commet un premier film sournois à la gloire du libéralisme. Attention, aux apparences : film idéologique en puissance.

Après que la fermeture de leur usine les ont dégagés comme du bétail, deux quadragénaires doivent obtenir leur bac pour avoir une chance de retrouver du travail. Michel (Jacques Gamblin) entraîne donc Gérard (Kad Merad) sur les bancs du lycée, bien décidé à retrouver sa dignité d’homme, quitte à mettre en péril sa famille pourtant unie dans les saines valeurs traditionnelles de la France d’en bas.

Grande nouvelle : Les Irréductibles serait-il un sursaut politique dans le cinéma français ? Le sujet est brûlant d’actualité en cette année d’échéances électorales et gravite autour de questions aussi majeures que le rôle de l’éducation, le chômage ou l’échec des institutions. De ces thèmes engagés, ne pouvait émerger qu’un film social, engagé comme un Ken Loach (modèle du réalisateur), salvateur autant que courageux. Hélas, Renaud Bertrand s’applique à démontrer le contraire en refusant d’aller au-delà de la petite histoire individuelle de ses protagonistes, en s’arrêtant à la surface des choses, bref, en contournant tout aspect polémique pour se contenter d’un remplissage de situations insipides et stéréotypées.

Le film, sous ses aspects faussement neutres et innocents, véhicule insidieusement une idéologie profondément conservatrice et prend les accents de la pire des propagandes libérales. Le syndicalisme, archaïque et inutile, est ramené à la dimension d’une misérable activité à laquelle plus personne ne croit, menée par un leader dépassé et ridicule. L’enseignement public, franchement pas à la hauteur, est dispensé par des grévistes en attente, égocentriques et autosuffisants (c’est quand même mieux les cours privés par correspondance ; bon, c’est un peu cher, mais il faut savoir ce qu’on veut). Finalement, personne d’autre que le bon patron paternaliste (Rufus) ne saura venir en aide aux courageux bacheliers bien décidés à s’en sortir par eux-mêmes (la grève ne sert à rien, c’est bien connu, alors autant accepter bien docilement son sort et essayer de sauver sa peau).

Cette abjecte galerie de clichés a la chance d’être étouffée par une mise en scène à la portée révolutionnaire d’un épisode de Julie Lescaut (Renaud Bertrand aime visiblement rester baigner dans son jus). La direction d’acteurs est inexistante (Jacques Gamblin a rarement été aussi peu convaincant, malgré les efforts des seconds rôles pour abaisser les exigences). Le scénario s’englue dans une accumulation de saynètes ruminant les mêmes enjeux (bac ou pas bac?) dont on finit par se désintéresser. Le travail du chef opérateur (lumière et cadrages soignés) n’altérera finalement pas l’arrière-goût détestable que laissera, heureusement, ce cantique à l’idéologie dominante.

La société va mal. Heureusement, il existe encore de courageux révolutionnaires comme Renaud Bertrand pour ramener à la réalité les consciences dégénérées et exhiber les bons et courageux travailleurs qui veulent vraiment s’en sortir. Le film flatte ce que la vérité populaire a de plus vil, en jouant d’une démagogie aux penchants populistes. Cette ode aux préjugés simplistes est une véritable insulte à la réflexion et à l’intelligence. Mauvaise nouvelle : si le sursaut était bien politique, la politique est, elle, réactionnaire.

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