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Les Joies de la famille

Les Joies de la famille

de Ella Lemhagen

  • Les Joies de la famille
  • (Patrik 1,5)

  • Suède2008
  • Réalisation : Ella Lemhagen
  • Scénario : Ella Lemhagen
  • d'après : la pièce Patrik 1,5
  • de : Michael Druker
  • Image : Marek Septimus Wieser
  • Montage : Thomas Lagerman
  • Musique : Fredrik Emilson
  • Producteur(s) : Tomas Michaelsson, Lars Blomgren
  • Interprétation : Gustaf Skarsgård (Göran), Torkel Petersson (Sven), Tom Ljungman (Patrik), Annika Hallin (Eva), Amanda Davin (Isabell)...
  • Distributeur : Equation
  • Date de sortie : 7 octobre 2009
  • Durée : 1h43

Les Joies de la famille

de Ella Lemhagen

Conventions bourgeoises


Conventions bourgeoises

Un couple homosexuel, une envie d’adopter, une petite banlieue bourgeoise et conformiste, un adolescent délinquant sans famille : voici l’équation ultra-simpliste et résolue d’avance du propos d’Ella Lemhagen. D’un sujet en vogue à teneur plus sociologique que cinématographique, la réalisatrice suédoise tire un film bancal et très mal écrit, à peine sauvé par la douce présence de son acteur principal, Gustaf Skarsgård.

Göran et Sven, deux hommes d’une trentaine d’années et totalement accomplis professionnellement, vivent un amour tranquille dans une petite bourgade bourgeoise de Suède. Rien ne semble pouvoir entacher leur bonheur, pas même la fausse décontraction des voisins hypocrites, si ce n’est bien évidemment l’absence d’un enfant à choyer. Mais comme en Suède l’adoption par les couples homosexuels est possible, Göran et Sven finissent par venir à bout de tous les obstacles qui étaient dressés contre eux et apprennent qu’ils vont pouvoir adopter un certain Patrik. Seule ombre au tableau, l’enfant qui devait avoir 18 mois est en fait un orphelin de 15 ans, vaguement délinquant et peu disposé à accepter de vivre avec des parents du même sexe.

La première chose qui frappe dans le film d’Ella Lemhagen, c’est cette manière d’inscrire le désir d’enfant dans une volonté manifeste de normalisation et d’assimilation qui écarte d’un revers de main toute ambition de proposer un schéma familial original et moins conservateur. La manière qu’a la réalisatrice de dépeindre cette petite bourgade aux allures de village en Lego tend à une neutralité alors que la galerie de personnages présentés et le flot d’insultes homophobes proférées par les jeunes enfants à l’attention du couple auraient nécessité un regard un peu plus mordant, tout au moins une ironie qui se serait traduite par une mise en scène plus aiguisée qui n’aurait pas eu pour effet de tout annuler en permanence. Pire, elle fait de ce couple pionnier à sa manière des êtres terriblement banals qui s’effacent devant l’inacceptable, comme si la crainte d’être rejeté davantage devenait en quelque sorte le moteur du film.

À défaut d’une véritable proposition cinématographique, on aurait pu espérer un film militant de manière intelligente, mais la réalisatrice a malheureusement sous-estimé la complexité des débats autour de cette question et s’est contentée d’un film désespérément mièvre sur un nouvel ordre familial, malgré tout très conservateur. Passé l’accueil du délinquant qui se révélera au bout d’une vingtaine de minutes un parfait petit ange (résolvant de fait le premier nœud scénaristique), la réalisatrice déplace le problème sur l’un des deux conjoints, Sven, contraint de jouer les salauds irresponsables et égoïstes, abandonnant le foyer familial pour vivre de nouvelles aventures extra-conjugales pendant que sa moitié se morfond en l’attendant et en couvant le jeune bad-boy à gueule d’amour. Du coup, on s’interroge sur la vision très manichéenne qu’a la réalisatrice du positionnement de l’homosexualité par rapport aux schémas familiaux traditionnels. L’antagonisme entre les deux modèles de vie dessinés par la réalisatrice s’identifient ainsi de la manière suivante : soit l’homme boit, sort, drague et baise, il est alors un personnage négatif (le film le condamne très clairement), soit il se range, rêve d’enfant et de chien, il redevient alors un personnage positif (la dernière scène du film). Presque de quoi rassurer Christine Boutin en lui prouvant que les homosexuels peuvent aussi être de parfaits conservateurs.

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