Les Messagers
Les Messagers
    • Les Messagers
    • France
    •  - 
    • 2014
  • Réalisation : Hélène Crouzillat, Laetitia Tura
  • Image : Hélène Crouzillat, Laetitia Tura
  • Son : Hélène Crouzillat, Laetitia Tura, Delphine Ameil, Pierre Carrasco
  • Montage : Agnès Mouchel, Marie Tavernier
  • Musique : Martin Wheeler
  • Production : The Kingdon, Territoires en Marge, Périphérie
  • Distributeur : Prima Luce
  • Date de sortie : 8 avril 2015
  • Durée : 1h10

Les Messagers

Quelques mois après la sortie sur nos écrans de la fiction Hope, c’est au tour du documentaire Les Messagers de s’intéresser au douloureux sort des migrants africains confrontés à la mort lorsqu’ils tentent de traverser illégalement la Méditerranée. Mais à la différence du film de Boris Lojkine qui figurait le déplacement d’un homme et d’une femme sur une mosaïque de territoires régis par des règles strictes, les réalisatrices Hélène Crouzillat et Laetitia Tura prennent le parti du plan fixe pour matérialiser l’infranchissable frontière naturelle sur laquelle bon nombre de candidats à l’exil sont tombés. Très certainement inspirée par le travail de photographe de Laetitia Tura, la mise en scène des Messagers semble figer pour l’éternité les lieux témoins de ces drames mais où pratiquement plus aucune trace ne subsiste. Les corps des noyés sont parfois directement enterrés sur la plage, d’autres bénéficient d’un traitement de faveur en étant inhumés dans des fosses communes où de rares pierres viennent signaler leur présence. L’indifférence flagrante du lieu face à la tragédie qui a pu s’y dérouler a poussé les deux réalisatrices à constituer un contrepoint réparateur : celui de la parole des témoins, ceux qui ont survécu au périple et vu leurs compagnons de fortune périr, devenus par la force des choses les garants de leur mémoire.

Mettre en mots

Si le dispositif des Messagers alterne peut-être un peu trop mécaniquement les plans sur les extérieurs et les entretiens face caméra des rescapés, on comprend rapidement que la parole recueillie a pour rôle de combler l’absence insupportable des disparus. À défaut de pouvoir matérialiser ce hors-champ (dont la bouleversante dernière scène rendra compte en énonçant les identités de certaines victimes dont on n’aura jamais vu le visage, même par le biais d’une photo), les mots sont donc chargés de cette mission réparatrice, de donner corps à ceux qui n’ont même plus la possibilité d’apparaître dans le champ. La dimension subjective de ces témoignages n’est pas à minorer et le documentaire ne commet jamais l’erreur de vouloir proposer un état des lieux général de la situation : dans la manière de décrire le désastre humanitaire auquel ils ont assisté, ces migrants africains expriment avant tout leur individualité et leur besoin de reconnaissance en cherchant à sensibiliser l’opinion publique à leur sort. On est alors tenté de parler de dignité, mot qu’on manipule le plus souvent avec des pincettes tant il peut être soupçonné de condescendance. Mais ici, il s’agit avant tout de donner la parole à ceux qui semblent ne plus rien avoir à perdre mais qui ont encore tout à gagner. En somme, la parole de ces Messagers est plus que jamais nécessaire.

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