Les Miller, une famille en herbe

Les Miller, une famille en herbe

de Rawson Marshall Thurber

  • Les Miller, une famille en herbe
  • (We're the Millers)

  • États-Unis2013
  • Réalisation : Rawson Marshall Thurber
  • Scénario : Bob Fisher, Steve Faber, Sean Anders, John Morris
  • Image : Barry Peterson
  • Montage : Mike Sale
  • Musique : Theodore Shapiro, Ludwig Göransson
  • Producteur(s) : Vincent Newman, Tucker Tooley, Happy Walters, Chris Bender
  • Interprétation : Jennifer Aniston (Rose O'Reilly), Jason Sudeikis (David Clark), Emma Roberts (Casey Mathis), Will Poulter (Kenny Rossmore), Ed Helms (Brad Gurdlinger), Nick Offerman (Don Fitzgerald), Kathryn Hahn (Edie Fitzgerald), Molly Quinn (Melissa Fitzgerald), Ken Marino (Todd), Tomer Sisley (Pablo Chacon)...
  • Distributeur : Warner Bros France
  • Date de sortie : 18 septembre 2013
  • Durée : 1h50

Les Miller, une famille en herbe

de Rawson Marshall Thurber

Nous c'est nous


Nous c'est nous

Certaines données a priori transgressives de la comédie américaine sont devenues de telles constantes qu’elles sont entrées dans une certaine banalité, voire devenues le paravent d’un esprit fort peu subversif. Facéties sur l’institution familiale, quiproquos sexuels osés, visions trash, vannes aux dépens de la bigoterie et de la méfiance post-11-Septembre : le nouveau film du réalisateur de Dodgeball (bien reçu en son temps par la critique) a tout cela, mais doit-on le prendre pour argent comptant ?

L’idée d’un petit revendeur de cannabis qui, pour les besoins d’un deal plus gros que lui à travers le Rio Grande, se constitue une famille bidon avec sa voisine strip-teaseuse et deux ados (un puceau et une fugueuse), avait de quoi flatter les narines. Or dès les premières scènes, son exécution, ou plutôt le comique scabreux auquel il sert de prétexte plus ou moins distant, paraît bien fragile. L’acteur principal Jason Sudeikis, en premier lieu, semble parfois jouer dans un autre film, avec son personnage de dealer antipathique qui ne distribue pas seulement de l’herbe mais aussi, en abondance égale, des vannes à base de titres de films récents (réflexe que ses partenaires reproduisent rapidement). Cette tendance à la citation a pour effet secondaire de mettre le film un peu à distance, comme si on le regardait d’en haut tel un objet voué seulement à invoquer la culture populaire contemporaine (les allusions à la musique viennent à leur tour). Plus gênant : cette invocation, loin d’être une communion franche avec son époque, n’est pas dénuée d’une certaine condescendance — laquelle transparaît notamment dans les échanges avec un ado amateur de hip-hop et dont les tics (notamment de langage : « d’you know what I’m saying ? ») sont observés avec un regard épousant la défiance des protagonistes.

De l’irrévérence à l’intolérance

D’une manière générale, l’irrévérence facile de ces Miller, sous le prétexte de plonger la pseudo-famille mal assortie dans un univers qui les dépasse, tend à trahir un complexe inavoué face à l’altérité. Outre son attitude culturelle ambiguë, le film se fend de gags d’une vulgarité plus que douteuse aux dépens des Mexicains, comme celui impliquant le policier joué par Luis Guzmán et se concluant par un navrant quiproquo sur le taux de change peso-dollar[1]Sans parler du personnage du baron de la drogue local, campé par un improbable et dispensable Tomer Sisley ne dissimulant même pas son accent français.. Dès lors, même ses coups d’éclat ultérieurs à l’égard d’une famille d’Américains moyens à mobile-home et à la sexualité refoulée prêtent le flanc au soupçon qu’il y aurait derrière cette satire le même mépris de l’autre, de ceux différents de la façade politiquement incorrecte affichée par le quatuor « Miller ». Façade d’autant plus fragile, d’ailleurs, que les ressorts comiques autour de celui-ci, de la façon dont tient cette équipe mal assortie, s’avèrent binaires et peu subversifs : on oscille entre les clashs du type « nous ne sommes pas une vraie famille, regardez la bande de losers qui m’entoure » (et on refait le compte de la strip-teaseuse, du puceau, etc.) et la cohésion forcée du type « on est censés être une famille, donc on reste ensemble ». Du coup, le rire se fait un peu jaune quand on réalise la mentalité conservatrice qui le sous-tend.

Notes

Notes
1 Sans parler du personnage du baron de la drogue local, campé par un improbable et dispensable Tomer Sisley ne dissimulant même pas son accent français.

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