Les Paradis artificiels

Les Paradis artificiels

de Marcos Prado

  • Les Paradis artificiels
  • (Paraisos Artificiais)

  • Brésil2012
  • Réalisation : Marcos Prado
  • Scénario : Marcos Prado, Pablo Padilla
  • Image : Lula Carvalho
  • Montage : Quito Ribeiro
  • Musique : Rodrigo Coelho
  • Producteur(s) : José Padilha, Marcos Prado, Tereza Gonzales
  • Interprétation : Nathalia Dill (Erika), Luca Bianchi (Nando), Bernardo Melo Barreto (Patrick), Livia de Bueno (Lara)...
  • Distributeur : Damned Distribution
  • Date de sortie : 31 octobre 2012
  • Durée : 1h36

Les Paradis artificiels

de Marcos Prado

Sea, sex and drug


Sea, sex and drug

Comment filmer la prise de drogues, ses effets et ses usagers ? Pour l’héroïne, un squat miteux en Écosse fera l’affaire, pour la cocaïne, on préfèrera un loft à New York, et pour les drogues de synthèse type ecstasy ou GHB… La plage évidemment. Le réalisateur brésilien Marcos Prado a choisi le rivage paradisiaque de Recife (et les canaux d’Amsterdam pour contrebalancer) comme décor à son drame hétéro-lesbien. Entre moralisation soft sur les dangers de la drogue et esthétisation léchée de la culture rave, Les Paradis artificiels ressemble plus à un shooting mode qu’à un pamphlet anti-narcotique, pour le meilleur comme le pire.

Erika (Nathalia Dill) et Lara (Livia de Bueno), deux jeunes Brésiliennes font route vers Recife pour participer à une rave-party géante. Pour la brune Erika, ce sera sa première vraie prestation de DJ, pour la blonde Lara, l’occasion de tripper sur la musique de sa petite amie tout en ingurgitant pléthore de drogues. Deux ans plus tard, on découvre à Amsterdam la brune, maman célibataire d’un petit garçon. Devenue DJ star, sa route croise celle de Nando, un compatriote en vacances. Follement épris l’un de l’autre, ils vont pourtant devoir se séparer car leur passé respectif, un drame personnel, les hante toujours. Mais leur rencontre hollandaise est-elle véritablement un love at first sight, ou le destin les avait-t-il déjà réunis, ailleurs ?

Jouant la déconstruction temporelle, Les Paradis artificiels s’essaie au difficile exercice du récit enchâssé, entre passé et présent d’Erika et Nando, jusqu’au croisement inéluctable de leur destin. Sur ce terrain dramaturgique, Marcos Prado n’évite pas les raccourcis et les facilités mais il parvient honnêtement à boucler ses enjeux narratifs, du moins dans la première heure. Les circonvolutions spatiales (Recife, Rio et Amsterdam) et les incessants va et vient passé/présent composent au bout du compte un film relativement équilibré. Là où le bât blesse, c’est davantage sur l’iconographie choisie pour camper l’histoire compliquée de ses protagonistes. Évitant le misérabilisme habituellement lié aux drogués, Prado opte pour une esthétique papier glacé qu’un magazine féminin ne renierait pas. Les deux actrices semblent des mannequins tout droits sortis d’une publicité pour une marque de vêtements hippie. Tous leurs accessoires, leurs bijoux, les décors dans lesquels elles évoluent sonnent faux à force d’esthétisation. La scène d’amour mettant en présence trois des protagonistes en est un cas d’école. Les visages féminins maquillés d’une peinture phosphorescente hypnotisent, jouent la carte du beau. Mais alors que ce moment symbolise le nœud dramatique du film, la catastrophe tragique à l’œuvre, la magnificence des corps éclipse le fond. Seule la forme persiste. Et malheureusement, Les Paradis artificiels s’enlise dans cette veine, oubliant de montrer les âmes pour se concentrer sur la chair.

Tandis que la première heure propose des séquences temporelles longues, qui permettent d’entrer dans le monde des personnages, la dernière partie du film enchaîne les changements d’époque et de narrateur de façon abrupte. Dur à suivre tant les scènes ne sont pas amenées, Les Paradis artificiels pèche à vouloir tout montrer. Les souvenirs familiaux de Nando, les affres psychologiques de son petit frère, la condamnation du trafic de drogue, les relations entre Erika et son fils, la tragédie de l’overdose… N’en jetez plus, la cour est pleine. Malgré une beauté plastique indéniable, peut-être trop fashion pour être crédible, le métrage souffre d’un déséquilibre de ton. À vouloir caser trop de pistes en bout de course, Marcos Prado perd le fil, tout comme le spectateur qui finit par se désintéresser du destin pourtant singulier de ces antihéros.

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