Il s’appelle Will Stanton, il est jeune, beau gosse, anglais, il sauve le monde. Voilà pour l’adaptation du roman culte Au-delà des ténèbres de Susan Cooper, Les Portes du temps est un ratage monstrueux, accumulant les contre-performances, et qui obtient de plein droit son entrée au panthéon des plus immondes bouses du septième art.
Mais avant d’aller plus loin, faisons une petite leçon d’histoire. Nous étions en 1999, le monde tremblait et Paco Rabanne prophétisait la fin du monde pour celle du millénaire. L’humanité retenait son souffle, mais seul un petit nombre d’élus avaient conscience que le péril millénaire, l’apocalypse elle-même était déjà apparue. Ces élus, les Spectateurs Français, virent apparaître, subrepticement, mais dans les temps pour la fin du millénaire, sur leurs écrans, la terreur qui dévastait la planète cinéma. Le monstre se nommait Beowulf, de Graham Baker, avec l’ineffable Christophe Lambert dans le rôle-titre. Scénario incohérent, acteurs au-delà de toute description, cadrages inexistants, effets spéciaux à faire hurler de rire les films de monstres mexicains des années 1960, et surtout… le rasoir géant !
La planète cinéma trembla sur son axe, des milliers de cinéphiles atterrés devinrent aveugles suite à l’exposition à cette horreur, mais finalement, dommage pour Paco, l’apocalypse n’eut pas lieu. Le monde était sauvé et les quelques survivants reprirent espoir au sortir de la salle de cinéma : s’ils avaient survécu à ça, nul, pas même Michael Bay, ne pourrait rien contre eux. C’était sans compter avec le nouvel Antéchrist cinématographique, David L. Cunningham, qui avec ses Portes du temps vient de faire prendre un sérieux coup de vieux au pourtant difficilement détrônable Beowulf. Mais il faut se rendre à l’évidence.
Will Stanton est donc un jeune garçon à qui échoit un beau soir d’hiver la difficile mission de sauver le monde car, lui disent de mystérieux guerriers immortels (sans McLeod nulle part, non), il est le septième fils (dont l’un est une fille, d’ailleurs) d’un septième fils. Étonné, le charmant jeune blondinet objecte que, eh, oh, on la lui fait pas, il est le sixième fils. Et d’apprendre, terriblement troublé, qu’il avait un jumeau, mystérieusement enlevé dans sa toute petite enfance – ce qui est un terrible secret pour la famille, et le pousse à accepter son destin. Qui est de retrouver des signes disséminés à travers le temps (c’est ennuyeux) en Angleterre (c’est déjà plus pratique) qui doivent empêcher le méchant Serviteur des Ténèbres en Chef d’asseoir sa domination sur le monde, ou sur l’Angleterre, ce qui revient à peu près au même dans ce grand pays colonialiste.
Et donc nous voilà à suivre le parcours des immortels et de notre ami Will dans sa chasse (ben oui… Will… Hunting… Non, c’est rien), poursuivi par le Grand Méchant qui a tellement vu la saga du Seigneur des Anneaux qu’il n’arrête pas de faire comme les Nazgûls avec son cheval, et dont on se demande pourquoi il ne déchaîne pas de suite les Forces des Ténèbres du Mal de la Mort contre notre héros, mais bon un méchant c’est idiot. Cette petite enquête à la Da Vinci Code (encore un bouquin qu’on a pillé, Dan Brown, hm ?) le mène à travers le temps et les épreuves et fera de lui un homme. On est heureux pour lui, mais bon, les récits initiatiques, ça commence à bien faire. La mise en scène, la photo, le jeu des acteurs sauveraient-ils un film qui s’annonce déjà si mal ? Force est de le reconnaître, de médiocre au début du film, la mise en scène devient totalement pitoyable sur la fin. Cunningham a découvert les grandes possibilités des filtres de couleur, et choisit d’en mettre dans TOUTES ses scènes : ce n’est plus un film, c’est une symphonie de couleurs à la Van Gogh. Mais sans Van Gogh. Histoire d’insuffler un semblant de rythme à son film, le réalisateur multiplie sans vergogne les effets de ralentis-accélérés nauséeux qui finissent de rattacher l’esthétique de son film à celle d’un téléfilm cheap pour dimanche de Noël sur M6. Quant aux acteurs, je me dois de témoigner, par conscience professionnelle disons, qu’au moins l’une d’entre eux, Frances Conroy, remarquable dans la série Six Feet Under, a du talent, mais que aucun ne parvient à se sortir d’un script aux dialogues ineptes… N’en jetons plus.
Alors, Les Portes du temps, plus totalement culte que Beowulf ? Dans toute ma subjectivité, je dirais non, parce que d’abord Christophe Lambert reste un grand acteur pour des rôles aussi surréalistes, et que surtout le film de Cunningham se prend effroyablement au sérieux, ce qui n’était certainement pas le cas de Beowulf. Que te reste-t-il, alors, pauvre petit navet ? Aucune gloire ? Aucun laurier ? L’oubli pour toujours ? Rassurez-vous : c’est un film américain, les choses se doivent de bien se terminer. Les Portes du temps détient, lui et lui seul, l’immortelle gloire de s’être vu retirer du plus de salles aux États-Unis la semaine suivant sa sortie. Sorti sur la bagatelle de 3173 écrans chez l’oncle Sam (et ce devrait être aussi le cas en France, si l’on en croit la furieuse campagne d’affichage qui précède le film), il s’est vu retirer de l’affiche de 2338 d’entre eux la semaine suivante. Il fallait bien que quelque chose soit remarquable dans ce film, et pour cela au moins, je m’incline bien bas.