Libre et assoupi

Libre et assoupi

de Benjamin Guedj

  • Libre et assoupi

  • France2014
  • Réalisation : Benjamin Guedj
  • Scénario : Benjamin Guedj
  • d'après : le roman Libre, seul et assoupi
  • de : Romain Monnery
  • Image : George Lechaptois
  • Décors : Antoine Platteau
  • Costumes : Muriel Legrand
  • Montage : Yann Malcor
  • Musique : Mathieu Lamboley
  • Producteur(s) : Jean Cottin
  • Production : Les Films du Cap, Gaumont
  • Interprétation : Baptiste Lecaplain (Sébastien), Charlotte Le Bon (Anna), Félix Moati (Bruno), Denis Podalydès (Richard), Isabelle Candelier (la mère de Sébastien), Jean-Yves Berteloot (le père de Sébastien), Suliane Brahim (Valentine Caillou), David Baiot (Stéphane)...
  • Distributeur : Gaumont Distribution
  • Date de sortie : 7 mai 2014
  • Durée : 1h33

Libre et assoupi

de Benjamin Guedj

Décroître, c'est rajeunir un peu


Décroître, c'est rajeunir un peu

En 1981 sortait G (autrement connu sous le titre Fais gaffe à la gaffe !, semble-t-il), tentative d’amener sur grand écran le personnage iconique de Franquin, Gaston Lagaffe. L’essai est un retentissant échec, causé avant tout par le manque de spontanéité du projet, qui ne considérait Gaston comme rien d’autre qu’un personnage éminemment bankable – une vision bien peu digne de son matériau d’origine. Libre et assoupi n’est pas nommément une adaptation des aventures de Gaston Lagaffe[1]Cela semble être encore moins l’adaptation du mélancolique livre originel, signé Romain Monnery., mais il est indéniable que le film doit beaucoup à Franquin. Son Sébastien (Baptiste Lecaplain) ressemble fort au préposé au classement de Spirou Magazine : doucement rêveur, candide et imperméable à la pression économique et sociale du monde qui l’entoure. Au beau milieu de la crise, Benjamin Guedj ressuscite le philosophe paisible et frugal cher à Franquin.

Vignettes

Le réalisateur construit son film comme une série de gags distincts, vignettes mettant Sébastien en scène dans des situations plus ou moins rocambolesques, souvent drôles, toujours propres à dessiner en creux le portrait d’un réel pesant de conformisme. Parfois, c’est fait avec un manque de subtilité flagrant (le réalisateur va notamment insister sur l’image de son héros prenant la foule à contre-courant, ou l’altercation dans le parc en sont des exemples)[2]En parlant de manque de subtilité, signalons le formidable travail autour de l’enseigne Dia, sponsor du film, et dont la présence à l’écran est d’une gênante brutalité., parfois le ton est plus juste. Dans ces moments, le film donne corps à un marginal philosophe tranquille, qui a la bonne idée de ne dicter sa conduite à personne : soyez donc qui vous voulez être, pourvu que vous me laissiez être qui je suis, semble-t-il dire.

De toutes façons, qui a besoin de savoir l’heure ?

Pour autant, la suite de saynètes constitue un tout hétérogène, conçu avec un bon sens du rythme, et maintenu principalement par l’histoire d’amour entre Sébastien et Anna (Charlotte Le Bon), sa mademoiselle Jeanne à lui, mais aussi et surtout par l’attente perfide de savoir si, une bonne fois pour toute, le réel va le briser – une attente que Benjamin Guedj se plaît à détromper. Alors, certes, le protagoniste est soutenu par un monde adulte qui accepte de lui passer ses lubies et par un quotidien finalement assez facile et bienveillant. Cela étant, le discours débité par Baptiste Lecaplain est bien rodé, et a la légère audace de prôner une autre philosophie de vie, libertaire et tranquille, où ne jamais avoir de Rolex à son poignet n’est finalement pas si important.

On pourra glapir devant Libre et assoupi comme on le ferait devant le livre pour enfants Tous à poil : avec démesure et opportunisme. Le livre comme le film ne prétendent pas à grand-chose, sinon à une douce liberté de ton, dont la tendre obstination suffit à contrer un peu le courant résigné du climat social actuel. C’est un courage comme un autre.

Notes

Notes
1 Cela semble être encore moins l’adaptation du mélancolique livre originel, signé Romain Monnery.
2 En parlant de manque de subtilité, signalons le formidable travail autour de l’enseigne Dia, sponsor du film, et dont la présence à l’écran est d’une gênante brutalité.

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