Lilting

Lilting

de Hong Khaou

  • Lilting

  • Angleterre2014
  • Réalisation : Hong Khaou
  • Scénario : Hong Khaou
  • Image : Urszula Pontikos
  • Décors : Miren Marañón
  • Costumes : Camille Benda
  • Son : Pete Cowasji
  • Montage : Mark Towns
  • Musique : Stuart Earl
  • Producteur(s) : Dominic Buchanan
  • Production : Dominic Buchanan Productions, Microwave, SUMS* Film and Media, Stink Films
  • Interprétation : Ben Whishaw (Richard), Cheng Pei-Pei (Junn), Andrew Leung (Kai), Morven Christie (Margaret), Naomi Christie (Vann), Peter Bowles (Alan), Leila Wong (Cliente du café), Shane Salter (client du café)...
  • Distributeur : Jour2fête
  • Date de sortie : 15 octobre 2014
  • Durée : 1h26

Lilting

de Hong Khaou

Trialogue


Trialogue

L’histoire que nous raconte Lilting est-elle unique ou multiple ? S’agit-il d’une « simple » affaire de coming-out, ou est-ce l’occasion pour Hong Khaou de nous parler du deuil, des barrières de la communication entre les êtres, de la façon d’exprimer l’essence du respect, de l’amour ? Le réalisateur se ménage une marge de manœuvre dans les flottements d’une situation où tout passe, comme jamais, dans les non-dits.

Les mots et le visage

Kai est mort. Pour Junn, sa mère, c’est d’autant plus une tragédie que cela signifie qu’elle devra rester à l’hospice. Pour Richard, ça l’est aussi, puisqu’il l’aimait et que son amant n’a jamais avoué son homosexualité à sa mère. Le voilà réduit au rôle de meilleur ami face à une mère qui le déteste. Lui va tenter de tisser des ponts, elle, s’évertuer à les brûler – tout cela étant compliqué par le fait qu’ils n’ont aucune langue en commun.

Hong Khaou installe donc, par le truchement de l’interprète Vann, une dynamique humaine niant le dialogue direct. La nécessité perpétuelle d’un auditoire rend la scène la plus anodine mille fois plus complexe – ce que le réalisateur souligne plus encore lorsqu’il commence par réunir Junn avec un homme de son âge, soupirant tendre et doux avec lequel tout passe par les gestes, les attitudes. Hong Khaou se plaît à filmer ces rencontres à trois (ou plus) comme des huis-clos auxquels on ne peut échapper, où les tensions s’exacerbent vite – et, lorsque la parole directe reprend ses droits, le doute demeure : tout ceci n’est-il pas un spectacle donné au profit d’un auditoire, les rapports humains ayant pris l’habitude d’être vu comme une mise en scène ? Et le spectateur de se retrouver dans une position étrange : son regard ne corrompt-il pas intrinsèquement la spontanéité des interactions à l’écran ?

Pour autant, les aveux finaux, arrachés par-delà les gênes et les rancœurs, sonnent juste, comme sonne juste le chemin parcouru par les protagonistes pour y parvenir.

Dans la bulle

Hong Khaou coupe ses personnages du monde, les place dans une bulle, créant une sorte de dynamique théâtrale, à laquelle les gros plans et les champs/contrechamps insufflent un regard scrutateur. En apparence froid et retiré, ce regard parvient à saisir une humanité touchante aux beaux accents de sincérité.

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