Live !

Live !

de Bill Guttentag

  • Live !

  • États-Unis2007
  • Réalisation : Bill Guttentag
  • Scénario : Bill Guttentag
  • Image : Stephen Kazmierski
  • Décors : Robert de Vico
  • Costumes : Dayna Pink
  • Montage : Jim Stewart
  • Musique : Phil Marshall
  • Producteur(s) : Charles Roven, Alex Gartner, William Green
  • Production : Atlas Entertainment, Mosaic Media Group
  • Interprétation : Eva Mendes (Katy), David Krumholtz (Rex), Rob Brown (Byron), Katie Cassidy (Jewel)...
  • Distributeur : Pretty Pictures
  • Date de sortie : 23 janvier 2008
  • Durée : 1h36

Live !

de Bill Guttentag

L'arrosé arroseur


L'arrosé arroseur

Bill Guttentag est un documentariste oscarisé en 2003, pour Twin Towers, et primé à Sundance avec Nanking en 2007. Visiblement, il a des comptes à régler avec la télévision pour laquelle il a réalisé des séries (New York unité spéciale et Images of Life pour les plus récentes) puisqu’il mène une charge virulente contre elle. Pour remonter une chaîne qui bat de l’aile, Katy (Eva Mendes, également productrice) imagine un concept destiné à faire exploser l’audience : 6 candidats devront s’affronter en direct à la roulette russe pour 5 millions de dollars à la clef. Sous la forme d’un faux docu mal fichu, volontairement cynique et glaçante pour de mauvaises raisons, la satire est plutôt consternante.

Le propos de départ est ainsi des plus limpides : une charge contre les médias qui ne pensent qu’à l’audience et aux recettes publicitaires. C’est dégoûtant, beurk ! On est littéralement renversé par cette révélation. Heureusement, il n’y aura bientôt plus de réclames sur le service public français, on respire mieux grâce à ce fait du prince. Par l’intermédiaire d’une équipe de tournage, mise en abyme étourdissante d’imagination, on suit donc Katy qui, pour relever une chaîne en mal de spectateurs, imagine ce concept de roulette russe en direct. Pour justifier son projet, la jeune fille aux dents longues convoque l’histoire : du Colisée de Rome pour assister au repas des fauves aux foules parisiennes se pressant place de la Révolution pour voir la guillotine trancher le débat. Quant à lui, Bill Guttentag revendique son admiration pour Truffaut (qui était, au passage, un grand téléphage), particulièrement La Nuit américaine par le fait que ce film retranscrit de manière fictionnelle un univers intimement connu par le cinéaste. Pauvre François, repose en paix… Bill Guttentag, ce qu’il connaît, c’est la télé. Et il fut sidéré par ce qu’il entendait dans les couloirs lorsqu’il travaillait pour NBC. On l’imagine assez bien.

On pourrait gloser sur la prestation d’Eva Mendes ou sur la galerie volontairement archétypale des candidats qui permet au cinéaste de se placer en dénonciateur vertueux de la société américaine, le politiquement incorrect est sur ce dernier point érigé en système, comme dans l’ensemble de ce film d’ailleurs. Mais passons, car il est bien plus intéressant de faire le constat que Live ! épouse deux esthétiques. D’abord, durant l’essentiel, un faux documentaire, qui s’avère une calamiteuse entreprise. Ou alors, laissons le bénéfice du doute, Bill Guttentag s’est assuré les services d’un fabuleux directeur de la photographie pour obtenir d’aussi belles lumières en toutes circonstances pour filmer sa bombe latine d’interprète principale. Et que dire de l’équipe son, qui parvient, sans doute grâce à une opération magique (c’est la seule solution envisageable), à n’entraîner aucune rupture de la bande sonore selon que les personnages bavassent d’un côté ou de l’autre d’une porte ou d’une baie vitrée. Dénoncer la débilité télévisuelle n’exclut pas la rigueur, notamment cinématographique. Et même sans doute au contraire.

Coller ensuite, lorsque l’heure du show a sonné, à l’esthétique télévisuelle est, comment dire, assez discutable, du moins par l’usage qui en est fait. Puisque le procédé exclut toute dimension réflexive et agit donc sur le spectateur, en qui on peut faire confiance mais qui n’est pas pour autant un surhomme, avec les mêmes ressorts que la real-TV : voyeurisme, sensationnalisme, plans sur le public angoissé (c’est à dire le point de vue du spectateur)… Quelle différence, à part le réel (mais le cinéma n’est-il pas basé sur un effet de réel ?), entre un film qui montre les candidats d’un jeu se braquant un pistolet sur la tempe et une émission qui en ferait autant ? Aucune frontière nette n’est tracée. À part ce pauvret documentaire factice, aucun moyen cinématographique n’est mis en œuvre pour questionner quoi que ce soit. On pourrait proposer au cinéaste un dispositif encore plus pervers : filmer les spectateurs devant Live ! et décider à partir de quelques critères arbitraires si untel reluque avec un recul intelligent ou bien une fascination malsaine. Les vils idolâtres pourraient ensuite être condamnés à des peines exemplaires, et pourquoi pas à une mort violente en prime time. Faire du regardant un rat de laboratoire est l’échec d’un film qui recherche le coup de pied au cul permanent alors qu’il est le seul à en mériter un.

Et après tout, pour dénoncer la télé-réalité, quoi de plus efficace que d’en regarder quelques minutes ? Et d’en discuter pour mieux dénouer les ficelles. Or, cette entreprise de déconstruction (qui mérite, il est vrai, un immense effort intellectuel), il n’en est jamais question dans le film. La reproduction des tenants et aboutissants du genre conduit au mieux à dégonfler la charge comme une vieille baudruche, au pire, à légitimer l’efficacité de l’entreprise télé réalité en tant que spectacle. Certains rêvent peut-être du fait que ces émissions prennent un jour lieu et place dans les salles obscures. N’oublions pas qu’un nombre non négligeable de rédacteurs des Cahiers du cinéma avait classé Loft Story parmi les meilleures réalisations de l’année 2001.

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