Los Nadie
Los Nadie
    • Los Nadie
    • Colombie
    •  - 
    • 2016
  • Réalisation : Juan Sebastián Mesa
  • Scénario : Juan Sebastián Mesa
  • Image : David Correa Franco
  • Décors : Mary Luz Cardona
  • Son : Alejandro Escobar, Daniel Vasquez V.
  • Montage : Isabel Otálvaro
  • Musique : O.D.I.O.
  • Producteur(s) : José Manuel Duque López, Alexander Arbelaez Osorio
  • Production : Monociclo Cine
  • Interprétation : Maria Camila Castrillón (Manu), Maria Angélica Puerta (Ana), Luis Felipe Álzate (Pipa), Diego Alejandro Pérez (Camilo), Mario Esteban Alcaráz (Mechas)...
  • Distributeur : Le Chien qui Aboie
  • Date de sortie : 6 décembre 2017
  • Durée : 1h24

Los Nadie

Inspiré de sa propre expérience, des doutes qui l’ont traversé quant à son avenir et des voyages à l’étranger qu’il a entrepris, le réalisateur Juan Sebastián Mesa a voulu avec son premier long-métrage dresser le portrait d’une poignée de jeunes Colombiens en rupture avec le système, leurs familles et leur ville natale. Tourné à Medellín avec des acteurs amateurs épatants de naturel et de spontanéité, Los Nadie trouve son cœur vivant dans le rapport de force qu’il cultive entre le panorama d’une ville complexe et difficile – voire hostile et agressive – et l’approche sensible de certains de ses jeunes habitants, terrassés par l’absence de perspectives que leur offre leur environnement. Ces quelques garçons et filles, que le film s’attache à suivre dans leur quotidien, vivent de débrouille en attendant de pouvoir partir à l’étranger sans but précis : jouant de la musique, s’exerçant à l’art du jonglage aux carrefours, tentant de joindre les deux bouts sans jamais renoncer à leur dignité, ils semblent réagir par réaction à ce qu’ont vécu leurs parents, une génération sacrifiée qui a trimé toute sa vie sans pour autant que les inégalités sociales ne se réduisent. Nourri par la contre-culture et la musique punk, le jeune réalisateur de vingt-huit ans assume son manque de moyens : il en fait même l’argument stylistique de son film, alliant casting sauvage et scènes directement tournées dans les rues agitées de la deuxième plus grande ville du pays.

Le contre-pied du documentaire

À partir d’un tel dispositif et avec si peu de moyens, on aurait pu craindre que Juan Sebastián Mesa se contente de prendre le parti d’une esthétique réaliste à tonalité documentaire sans pour autant chercher à styliser son travail. En faisant le choix de tourner en noir et blanc, de jouer régulièrement sur les échelles de plans et en ponctuant même son montage de quelques ralentis, le réalisateur prend le contre-pied des facilités qui lui tendaient les bras, au risque de parfois forcer le trait et de donner l’impression de tomber dans une esthétisation un peu gratuite. Mais pour autant, ce noir et blanc n’a pas pour objectif de se contenter de faire joli. Aplanissant les contrastes au point de produire une image délavée, ce choix atténue considérablement la lumière sur les acteurs et produit un double effet : celui de nous priver à la fois de repères temporels et géographiques (la lumière, qu’elle soit celle du plein après-midi ou du soir, d’un intérieur ou de l’extérieur, est quasiment toujours la même), matérialisant assez habilement cet aplat fade entourant la jeune génération et qui cultive chez elle un sentiment de colère. Par moments, le réalisateur parvient aussi à s’affranchir d’une démarche un peu trop arty pour injecter une tension qui passe par d’indéniables qualités d’écriture : cela se traduit par exemple lors d’une scène où l’un des jeunes marginaux est agressé par une bande de délinquants. D’une efficacité dramatique indéniable, cette mauvaise rencontre traduit parfaitement le propos du film : cette jeunesse angoisse de ne pas savoir quand et par qui elle sera définitivement privée de son intégrité physique et morale.