© Épicentre Films
Ma nuit

Ma nuit

de Antoinette Boulat

  • Ma nuit

  • France2021
  • Réalisation : Antoinette Boulat
  • Scénario : Antoinette Boulat, Anne-Louise Trividic
  • Image : Laetitia de Montalembert
  • Montage : Maxime Mathis
  • Production : Macassar Productions, Sombrero Films
  • Interprétation : Lou Lampros (Marion), Tom Mercier (Alex), Carmen Kassovitz (Justine), Lucie Saada (Calypso), Emmanuelle Bercot (Isabelle)...
  • Distributeur : Épicentre Films
  • Date de sortie : 9 mars 2022
  • Durée : 1h26

Ma nuit

de Antoinette Boulat

Nuit debout


Nuit debout

Le premier film d’Antoinette Boulat doit son titre à une phrase murmurée dans ses dernières minutes par Marion (Lou Lampros), au terme d’une virée nocturne agitée : « Ça y est, je suis arrivée au bout de ma nuit. » Cette citation célinienne recouvre une métaphore assimilant le trajet de l’héroïne, dans un Paris désert à la nuit tombée, seule puis accompagnée par Alex (Tom Mercier), au lent travail du deuil avec lequel elle est aux prises depuis la mort de sa sœur, cinq ans plus tôt. La réplique est lancée de manière résolument théâtrale : face caméra, à la manière d’un aparté, Marion met en mot ses états d’âme autant qu’elle s’adresse directement au spectateur. Lors d’une séquence de rêverie hallucinée, Antoinette Boulat cite les images traumatiques des attentats du 13-Novembre ; derrière le portrait d’une âme en peine, c’est en vérité celui d’une génération entière, meurtrie au sortir de l’adolescence, que la cinéaste ambitionne d’ausculter.

Pour ce faire, elle adopte un dispositif en forme de « pas de côté », en faisant de Marion un personnage inadapté à son époque, qui sert de relai au regard surplombant de la cinéaste (Marion est photographe), de trente ans plus âgée que cette jeunesse qu’elle ne semble pas tout à fait comprendre. L’écart entre le point de vue de la cinéaste et la jeunesse qu’elle ambitionne de filmer ne cesse de s’accroître à mesure que le film avance, faute d’une mise en scène inspirée : attachée à saisir les infimes indices d’une émotion sur le visage pourtant atone de Lou Lampros, la cinéaste illustre à qui-mieux-mieux la citation inaugurale du film attribuée à Joan Didion : « Les gens qui ont récemment perdu quelqu’un ont un air particulier, que seuls peut-être ceux qui l’ont décelé sur leur propre visage peuvent reconnaître. » Le parti pris de faire reposer le film sur le magnétisme supposé de l’actrice principale s’avère d’autant plus cruellement inefficace à la lumière de l’arrivée de Tom Mercier, au mitan du récit, qui rebat complètement les cartes. Agile et athlétique, le corps de l’acteur capte toute l’attention, tandis que son fort accent vient créer un trouble, en brouillant la compréhension de ses répliques souvent péremptoires. Le vent de fraîcheur apporté par ce dernier ne suffit toutefois pas à effacer la pesanteur générale de ce film franchement poseur.

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