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Madame Bovary

Madame Bovary

de Sophie Barthes

  • Madame Bovary

  • États-Unis, Belgique, Allemagne2014
  • Réalisation : Sophie Barthes
  • Scénario : Felipe Marino, Sophie Barthes
  • d'après : le roman Madame Bovary
  • de : Gustave Flaubert
  • Image : Andrij Parekh
  • Décors : Benoît Barouh
  • Costumes : Valérie Ranchoux, Christian Gasc
  • Montage : Mikkel E.G. Nielsen
  • Musique : Evguéni Galperine, Sacha Galperine
  • Producteur(s) : Joe Neurauter, Felipe Marino, Sophie Barthes, Jaime Mateus-Tique
  • Interprétation : Mia Wasikowska (Emma Bovary), Henry Lloyd-Hughes (Charles Bovary), Ezra Miller (Léon Dupuis), Paul Giamatti (M. Homais), Rhys Ifans (M. Lheureux), Logan Marshall-Green (le marquis), Laura Carmichael (Henriette), Olivier Gourmet (M. Rouault), Luke Tittensor (Hippolyte)...
  • Distributeur : Jour2fête
  • Date de sortie : 4 novembre 2015
  • Durée : 1h58

Madame Bovary

de Sophie Barthes

Mœurs d'académie


Mœurs d'académie

« Madame Bovary, c’est moi !» Cette formule apocryphe, qu’une idée reçue tenace attribue sans fondement à l’auteur du roman Gustave Flaubert, sonne a posteriori comme une malédiction lancée à la postérité de cette œuvre. Car si nul n’est tout à fait assimilable au personnage d’Emma Bovary, on ne peut que constater à quel point celui-ci est devenu une sorte de propriété publique. La figure de la femme de province aux rêves de citadine, trompant son ennui dans la dépense et l’adultère jusqu’au désespoir fatal, est devenue un substantif (« bovarysme ») puis un lieu commun hantant plus ou consciemment toute représentation d’insatisfaction de femme d’intérieur. Au point que les quelques adaptations audiovisuelles du roman, plus ou moins fidèles mais rarement brillantes, se sont toutes concentrées sur le personnage, au détriment de l’intégralité de l’intention initiale de l’œuvre qui comprend une approche documentaire de la vie provinciale (d’où son sous-titre souvent oublié : « Mœurs de province »).

La présente adaptation, qu’on doit à la Franco-Américaine Sophie Barthes (Âmes en stock), ne se hisse pas au-dessus du lot, malgré des efforts notables pour rendre son décor provincial palpable, ses personnages crédibles, sa sagesse académique tant soit peu vivante. La direction artistique rend délicatement l’austérité du milieu, tandis que quelques personnages (pas tous, hélas, comme le pauvre Léon Dupuis desservi par la fadeur de son interprète Ezra Miller) cherchent une épaisseur et une ambivalence bienvenues. Notamment, plus que la prestation d’une Mia Wasikowska un peu trop maîtrisée en Emma Bovary, celle de Rhys Ifans en M. Lheureux intrigue, son cabotinage certain jouant agilement sur la corde raide entre la bonhomie du camelot et la froideur de l’homme d’affaires profitant du désir de sa cliente. Tout ce soin, néanmoins, n’empêche pas de constater qu’à l’arrivée, la vision tirée ici du récit affûté de Flaubert ne dépasse jamais la surface connue de tous, ou que tous croient connaître (c’est-à-dire les lieux communs), sans qu’aucune perspective rafraîchissante ne se dégage pour rendre justice sous quelque forme au matériau adapté. Quelques réflexes trahissent même le repli académique des choix de mise en scène, comme ces bêtes intermèdes où Emma, ayant fauté, croise deux ou trois villageoises qui, invariablement et presque dans un même mouvement, se retournent sur son passage avec un air réprobateur — à partir de la deuxième fois, cela devient un vrai gag, qu’on attend non sans une certaine gêne vu les circonstances. Même l’ouverture en flash-forward sur le suicide d’Emma joue in fine contre le film : au fond, celui-ci ne fait guère autre chose que reconstituer une histoire aux grandes lignes communément admises, dont on connaît la fin (encore que le roman ne s’achève même pas sur cette mort — preuve que même ici il n’est pas si bien traité).

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