© Pretty Pictures
Mademoiselle Julie

Mademoiselle Julie

de Liv Ullmann

  • Mademoiselle Julie
  • (Miss Julie)

  • Norvège, Royaume-Uni, Irlande, France2014
  • Réalisation : Liv Ullmann
  • Scénario : Liv Ullmann
  • d'après : la pièce Mademoiselle Julie
  • de : August Strindberg
  • Image : Mikhaïl Kritchman
  • Décors : Caroline Amies
  • Costumes : Consolata Boyle
  • Montage : Michał Leszczyłowski
  • Producteur(s) : Oliver Dungey, Teun Hilte, Synnøve Hørsdal
  • Interprétation : Jessica Chastain (Miss Julie), Colin Farrell (John), Samantha Morton (Kathleen), Nora McMenamy (Miss Julie jeune)
  • Distributeur : Pretty Pictures
  • Date de sortie : 10 septembre 2014
  • Durée : 2h13

Mademoiselle Julie

de Liv Ullmann

Catch me if you can


Catch me if you can

Une théâtralité revisitée

En adaptant la pièce éponyme écrite par August Strindberg, Liv Ullmann tente de ressusciter une héroïne complexe qui rassemble en apparence tous les éléments de la dramaturgie classique. L’action se déroule à la fin du XIXe siècle en Irlande, la veille de la Saint-Jean. En l’absence de son père, un riche propriétaire, Mademoiselle Julie se retrouve seule en compagnie de John son domestique, et de Kathleen, la fiancée de ce dernier. Depuis quelques années, John et la jeune femme se tournent autour et exercent l’un sur l’autre une forme d’emprise ambivalente, discrète mais pourtant bien réelle. John voit en ce jeu de séduction l’occasion d’une ascension sociale tandis que Mademoiselle Julie n’a de cesse de le renvoyer à sa condition de simple domestique, comme pour mieux repousser l’effet provoqué par ses avances. L’équilibre de ce jeu de chasse, où le dominant se trouve être le dominé social est fragilisé lorsque Mademoiselle Julie décide d’isoler quelques instants John de sa fiancée, et que chacun semble se détourner de ses propres prérogatives.

Si l’exercice de l’adaptation cinématographique pouvait ici laisser redouter une simple transposition scolaire, cette nouvelle réalisation de Liv Ullmann parvient à déjouer un tel risque en rappelant constamment ce long-métrage à sa situation d’objet-film. La réalisatrice restitue ainsi en apparence les codes du théâtre filmé, en respectant la règle des trois unités (lieu, temps, action) et réduit l’espace-temps filmique au plus strict huis-clos. Si ces éléments insufflent au film sa théâtralité d’origine, Liv Ulmann parvient néanmoins à contrebalancer les codes de la transposition théâtrale par des moyens d’expression amplement cinématographiques. Le film se retrouve en effet parcouru par un jeu constant avec le hors-champ, qui constitue moins le prolongement psychique d’une quête de liberté qu’une manière de rompre brutalement tout effet de pesanteur théâtrale. Face à la rigidité des conventions, le cadre filmique devient ainsi un espace ludique, qui réinvente continuellement les rapports de force entre Miss Julie et son domestique grâce à un perpétuel réaménagement de l’espace du cadre. Le mouvement affectif devient ici un élan vital, une lutte des corps contre le cadre, comme s’il constituait pour Mademoiselle Julie, une manière de résister face à l’assaut de John et de lutter contre les impératifs liés à son appartenance sociale.

Un problème de rythme

La limite matérielle du cadre filmique permet ainsi à Liv Ullmann d’isoler les personnages dans des sortes de tableaux distincts et de déjouer tout effet constant de linéarité, avouant par là-même l’incapacité des protagonistes à cohabiter durablement au sein d’un même espace filmique. Ce nouveau long-métrage enchante encore davantage dans l’utilisation toute en finesse d’un léger mouvement en plongée, comme s’il s’agissait, à chaque plan, d’accueillir physiquement le risque d’un basculement, d’une soudaine dramatisation. Seulement, au-delà des rapports de séduction entre Mademoiselle Julie et son domestique, le film déploie une lenteur qui peut facilement agacer, en n’avançant véritablement que par des confessions successives, qui réduisent son action principale à un événement verbal, comme à une pure oralité. C’est sans doute là le défaut majeur du film : se focaliser davantage sur les mots que sur les gestes, comme pour préférer l’abstraction à l’action. Il n’en reste pas moins l’interprétation magistrale de Jessica Chastain, éblouissante dans ce portrait de femme complexe, qui préfère feindre le déshonneur plutôt que d’avouer la tristesse d’une déception amoureuse.

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