Mapplethorpe : Look at the Pictures
    • Mapplethorpe : Look at the Pictures
    • États-Unis, Allemagne
    •  - 
    • 2015
  • Réalisation : Fenton Bailey, Randy Barbato
  • Image : Huy Truong, Mario Panagiotopoulos
  • Montage : Langdon F. Page, Francy Kachler
  • Musique : David Benjamin Steinberg
  • Producteur(s) : Fenton Bailey, Randy Barbato, Katharina Otto-Bernstein, Mona Card, Sara Bernstein
  • Production : World of Wonder
  • Distributeur : Happiness Distribution
  • Date de sortie : 21 décembre 2016
  • Durée : 1h48

Mapplethorpe : Look at the Pictures

réalisé par Fenton Bailey et Randy Barbato

Mapplethorpe : Look at the Pictures s’appuie sur la préparation d’une exposition conjointe du travail du photographe par deux musées renommés de Los Angeles – le J. Paul Getty Museum et le Los Angeles County Museum of Art. Ces institutions avaient acquis quatre ans auparavant près de 2 000 clichés de l’artiste et ont mis à connaissance du public une large partie de ce fonds durant tout le printemps et le début de l’été 2016.

HBO

La tenue de cette exposition permet au tandem de réalisateurs Fenton Bailey et Randy Barbato d’avoir un accès facilité aux œuvres de Mapplethorpe. Elle leur offre également une actualité à faire valoir : leur film a été diffusé en exclusivité sur HBO au moment de l’événement. Finalement, le documentaire prend trop des allures de commande. La présence récurrente des curateurs de l’exposition en est le signe le plus flagrant, ces derniers n’apportent que peu d’éclairages sur le travail de Mapplethorpe. Ils n’élaborent devant la caméra aucune pensée de ce que sera l’exposition à venir. Les filmer tel un leitmotiv apparaît alors comme une figure imposée, dont Fenton Bailey et Randy Barbato tentent tant bien que mal de se dépêtrer en jouant sur l’effet comique de ces messieurs-dames bon chic bon genre qui gloussent devant les clichés audacieux de l’artiste américain.

À l’évidence destiné à la salle de cinéma dans un second temps, la forme qu’adopte Mapplethorpe : Look at the Pictures est très télévisuelle. C’est en particulier le cas pour les interviews qui jalonnent le documentaire : la caméra est sagement sur pied, la direction de la photographie est inexistante, tout étant à la fois trop et mal éclairé. Et quand elle essaie de sortir de son carcan de film de petit écran, la mise en scène pose encore davantage problème. La recréation par les modèles de Mapplethorpe des poses qu’ils avaient adoptées pour certaines de ses photographies les plus célèbres n’est pas des plus heureuses. Le procédé pourrait être touchant mais mal dirigés les modèles cabotinent. Aucune poésie, ni magie, n’en ressort, et le travail de Mapplethorpe ne se trouve pas mis en valeur, car singé de manière grossière.

Chelsea Hotel

Il est bien dommage que globalement le filmage soit aussi dilettante car l’approche choisie est passionnante. Comme ils l’avaient fait pour Inside Deep Throat, en retraçant la genèse de ce petit film pornographique devenu culte, Fenton Bailey et Randy Barbato excellent à déployer par un biais précis – ici le parcours artistique de Mapplethorpe – tout un pan de la contre-culture américaine, de la bohème du Chelsea Hotel à l’argent-roi des années pop. Racontée de manière chronologique, d’une enfance heureuse dans une banlieue pavillonnaire à sa mort transformée en événement public, la vie de Mapplethorpe apparaît tortueuse, sa personnalité complexe qui balance entre une ambition démesurée aux relents totalitaires – ses collaborateurs renvoyés au rang d’esclaves dociles – et la vigueur d’un talent pur – dans l’art de provoquer mais aussi de concevoir de manière innée une photographie plastiquement parfaite.

La bonne idée de Fenton Bailey et Randy Barbato est de toujours ramener le travail photographique de Mapplethorpe à ce qu’il renvoie de son vécu. Ses clichés SM prennent une autre résonance quand est évoquée en contrepoint sa sexualité qui alterne phases de monogamie et plongées en backrooms. Mapplethorpe n’apparaît plus seulement comme un simple provocateur, mais comme un homme en recherche de lui-même qui montre frontalement un fist-fucking pour interroger ses propres désirs et questionner en regard les nôtres. De même, sa photographie la plus célèbre, celle où le visage vieilli par le SIDA il brandit une canne à pommeau en forme de tête de mort, est racontée par l’angle des préparatifs, qui voient son frère Edward et lui co-inventer cette mise en place testamentaire. Leur relation particulière, d’amour-haine, est une des découvertes que livre Mapplethorpe : Look at the Pictures. L’amant iconique de Patti Smith s’en trouve humanisé et une sincérité désarmante dans sa démarche artistique ainsi mise en valeur.

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