Le titre du troisième long-métrage de Jessica Palud est trompeur. Simplement composé du prénom de Maria Schneider, il augure un portrait de l’actrice excédant sa seule image médiatique, sans cesse réduite à son rôle dans Le Dernier tango à Paris, et le viol subi sur le tournage par Marlon Brando avec la complicité de Bernardo Bertolucci. Or, tout le scénario de Maria se focalise pourtant sur ce seul traumatisme, de la rencontre avec Bertolucci à la violence du tournage et à la descente aux enfers qui suivit. En somme, le film voit dans la trajectoire de Maria Schneider un cas typique de la violence exercée par le milieu du cinéma sur les femmes. La scène du viol est emblématique de cette visée pédagogique : le visage de Maria Schneider (Anamaria Vartolomei) est ainsi enserré au premier plan par les silhouettes de Brando et de Bertolucci – une manière de souligner que le viol n’est pas le seul fait de l’acteur, mais qu’il a été commis avec l’approbation du cinéaste et le silence de l’équipe technique. Le propos, d’abord explicité par la mise en scène, sera ensuite formulé et répété par Maria dans la deuxième partie du film, sans que son entourage ne parvienne à véritablement l’entendre – à l’exception d’une jeune étudiante (Céleste Brunnquell) qui deviendra son amante. Le film trouve rapidement sa limite dans ce didactisme consistant uniquement à reconnaître un schéma de domination mis en exergue par le mouvement #MeToo. Aucun point de vue ne vient véritablement enrichir ce que de nombreux témoignages d’actrices et techniciennes ont déjà mis en lumière ces dernières années, si bien que le film se borne à une illustration académique (jusqu’à son regard caméra final) de ce sujet brûlant.
Mais plus encore que la forme assez anonyme du film, c’est sa portée politique qui interroge. Le scénario verrouillé et schématique conduit à l’essentialisation de son personnage : l’actrice est principalement appréhendée à travers son statut de victime de violence sexuelle. La romance lesbienne qui occupe la suite du récit peine à s’incarner et semble surtout être lue comme une tentative de réparation après le viol subi par un homme. Maria ne fera jamais droit à la singularité de son héroïne, ce qui va à l’encontre même des vœux de la comédienne qui, des années après le tournage du Dernier tango, refusait auprès des journalistes d’être toujours interrogée sur ce seul rôle. De manière plus perverse, la violence dénoncée par le film constitue en réalité son seul moteur narratif. À ce titre, la première partie se révèle assez maladroite en jouant d’une ironie tragique, qui nous fait anticiper le drame à venir tandis que la jeune comédienne ingénue s’enthousiasme de sa participation au tournage de Bertolucci. C’est au fond un problème récurrent des films académiques abordant des faits de société graves : malgré toutes leurs bonnes intentions, la pauvreté de leur forme s’accompagne d’une inconséquence politique.