Mon babysitter

Mon babysitter

de Bart Freundlich

  • Mon babysitter
  • (The Rebound)

  • États-Unis2009
  • Réalisation : Bart Freundlich
  • Scénario : Bart Freundlich
  • Image : Jonathan Freeman
  • Montage : Christopher Tellefsen
  • Musique : Clint Mansell
  • Producteur(s) : Tim Perell, Bart Freundlich, Mark Gill, Robert Katz
  • Interprétation : Catherine Zeta-Jones (Sandy), Justin Bartha (Aram Finklestein), Andrew Cherry (Frank Jr), Kelly Gould (Sadie), Lynn Whitfield (Laura Reilly), Kate Jennings Grant (Daphne), Rob Kerkovich (Mitch), Sam Robards (Frank), John Schneider (Trevor), Joanna Gleason (Roberta Finklestein), Art Garfunkel (Harry Finklestein)...
  • Distributeur : Rezo Films
  • Date de sortie : 17 novembre 2010
  • Durée : 1h34

Mon babysitter

de Bart Freundlich

Cougar blues


Cougar blues

Cela fait déjà un moment que le « phénomène » des couples où la femme est d’une supériorité d’âge marquée par rapport à son partenaire n’est plus vraiment un tabou — même s’il a gardé un petit côté sensationnel, jusqu’au curieux surnom donné à la femme d’un tel cas d’étude : « cougar ». Au point que même les magazines people, un temps nourris de l’exemple de Demi Moore et Ashton Kutcher, en font des titres moins gros qu’avant. Pourtant, The Rebound, le nouveau film de Bart Freundlich, prend l’affaire plutôt au sérieux.

« Rides tenaces »

En comédie romantique américaine actuelle qui se respecte, The Rebound sait comment conserver un teint frais avec quelques composants cosmétiques simples : notamment un thème d’actualité qu’on peut piocher jusque dans les articles de presse sur la psychologie du couple — les « cougars », donc — et des seconds rôles hauts en couleur à fort potentiel en scènes comiques totalement périphériques, comme ici Art Garfunkel (oui, l’ex-partenaire musical de Paul Simon) en père juif embarrassant. Sous le fond de teint, cependant, on retrouve des rides tenaces. Dans cette rencontre orchestrée entre un jeune homme un peu geek de 25 ans, fragilisé dans sa jeune vie amoureuse, et une mère divorcée quadragénaire qui l’embauche comme babysitter, on anticipe vite que le savoir-faire hollywoodien pourra difficilement laisser de côté les effets de dramatisation autour de son « sujet de société », les bâtons qu’il va mettre dans les roues de son couple mal assorti, et, avec son efficacité habituelle, ériger tout cela en représentation du monde tel que le système à l’origine du film le voit.

« Recycler l’air du temps »

Surtout on ne voit jamais le scénariste-réalisateur Bart Freundlich — pourtant époux d’une Julianne Moore âgée de neuf ans de plus que lui — en position de faire trembler les conventions, fût-ce sous le manteau d’un classicisme discret. Freundlich joue un double jeu typiquement hollywoodien. D’un côté, il fait mine de banaliser la chose en cumulant les béquilles pour la rendre acceptable aux yeux du public le plus réfractaire — si bien qu’on ne voit alors que les béquilles. Ainsi, il est évident que l’écart d’âge passera beaucoup mieux auprès des âmes sensibles quand l’aînée a le glamour rajeunissant de Catherine Zeta-Jones et le cadet a de toute évidence besoin d’un soutien féminin. De même, toute évocation de sexualité entre eux sera systématiquement désamorcée : ainsi, un coït en amorce sera interrompu par un marmot (effet comique obligé), et on n’apprendra qu’ils ont finalement consommé que par l’annonce d’un bébé en route (expédient cache-sexe classique). Ce qui conduit à l’autre facette du double jeu du film, attendue et jamais déjouée : la dramatisation de la question de la différence d’âge, celle qui va en faire arbitrairement un « problème » alors que ce ne l’est évidemment que dans la convention. Où on aura bien sûr droit à la scène déclarant — et tempérant mollement, pour la forme — que vivre en couple avec quinze ans d’écart, c’est compliqué, surtout entre vingt et quarante ans. Et le film de devenir une nouvelle démonstration de la capacité de Hollywood à recycler l’air du temps en illustrations hypocrites de ses propres sempiternels réflexes conservateurs, quitte à manifester une méfiance démesurée vis-à-vis d’un cas d’attirance sexuelle qui ne saurait désormais choquer que son public le plus rétrograde.

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