Ebba est une jeune fille mythomane, qui rêve sa vie plus qu’elle ne vit ses rêves, enfermée dans un boulot ingrat d’agente de propreté et le sous-sol de la maison bourgeoise dont elle est locataire. Lorsqu’elle tombe sur un Bulgare blessé à la tête et frappé d’amnésie, ses petits mensonges et affabulations basculent dans la perversité : elle cache les papiers et affaires personnelles du garçon, prétend qu’elle est sa petite amie et l’installe dans la demeure de ses propriétaires, qu’elle garde durant les vacances. De ce point de départ scénaristique, Johanna Pyykkö, dont c’est le premier film, tire un thriller moins vénéneux que brouillon, qui s’en remet à une bande-son aussi épaisse qu’appuyée, mais aussi à des visions dissonantes et fantasmatiques, pour installer un malaise plutôt que le mettre en scène. Tout est affaire de mécanique narrative : si Ebba cache son jeu, Julian (du moins, c’est ainsi qu’elle l’a baptisé) se révèle également renfermer de noirs secrets.
À cet endroit, le film joue un drôle de jeu. Pour justifier son refus d’emmener l’éphèbe à l’hôpital ou de contacter la police, Ebba prétend qu’il était recherché par les autorités de son pays et la police danoise. Si le film semble dans un premier temps se teinter d’une ambition sociale, en auscultant les névroses d’une prolétaire malade d’être née du mauvais côté de la barrière, il occulte pourtant le racisme sous-jacent au cœur de son récit. Pire, il prolonge les préjugés de la jeune femme lorsqu’elle entraperçoit le passé nauséabond du garçon – spoiler : Bulgarie oblige, le personnage trempe forcément dans un réseau de prostitution et de trafic sexuel. De cette collision entre deux perversités voilées, Mon parfait inconnu entend sécréter un parfum d’ambiguïté, voire une alchimie amoureuse retorse, reposant sur une équation scénaristique : moins + moins = plus. Mais sous les eaux dont émerge Ebba dans la dernière scène, on ne trouve toutefois nul trouble – le film se rêve en portrait d’une monstruosité insondable, quand son mystère n’est qu’artifice.